La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

322 LA REVUE SOCIALISTE LA BAISSE DU TAUX DE L'INTÉRÊT ET SES EFFETS Un des lieux communs les plus habituels de l'économie politique conservatrice consiste à prétendre que l'abaissement graduel du taux de l'intérêt amène peu à peu l'émancipation du Prolétariat. Cette idée est longuement développée dans l'ouvrage que M. Paul Leroy-Beaulieu a consacré à la réfutation du socialisme et du collectiYisme. Elle est très répandue, court les rues et les journaux. M. Gide, à son tour, lui a donne la consécration de son talent en l'exposant d'une façon saisissante dans une conférence faite au commencement de cette année à la Bourse du Travail de Nimes. Le professeur de Montpellier montrait que d'un côté le taux de l'intcrêt diminue sans cesse, que, par suite, la rémunération du capital dans toutes les entreprises devient moindre, tandis que d'un autre côté les salaires augmentent d'une façon continue. Si ce mouvement, qui a commencé il y a plusieurs siècles, se poursuit sans interruption, nous verrons la rétribution du capital devenir insignifiante, tandis que la part du traYail deviendra de beaucoup la plus forte : le travail tend donc à absorber tous les bénéfices, la question sociale Ya d'elle-même vers une solution radicale et complète. Il suffit de n·e point ~ontrarier l'cvolution mturelle de la Société. On comprend combien cette théorie est admirable pour calmer les impatiences de la classe ouvrière et pour la détourner du socialisme. Malheureusement pour nos adversaires, il nous semble que leur panacée n'est qu'un trompe-l'œil et que l'abaissement du taux de l'interèt ne tend point à résoudre pacifiquement et progressivement la question sociale, ni à accumuler entre les mains des salaries, un peu ingrats à l'égard de tant de bienfaits dont ils se trouvent comblés sans le savoir, la plus grosse partie des bénéfices et des avantages du travail national.

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