La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

318 LA REVUE SOCIALISTE dre, parcourir des distances qui, à Lausanne, se chiffrent par kilomctres. On a rendu le corbillard obligatoire; le cercueil ne peut plus être porté à bras, ni placé sur un char ordinaire. Il est incontestable, ajoute M. Secretan (Bulletin officiel du Co11seilcom111unadl e Lausanne (1), année 1890), que les frais de funé;ailles pro-dennent, en 1,najeurepartie, d'exigences administratives, imposées à la famille dans un intérêt public. La vérification <ludéccs, l'obligation de recourir aux pompes funcbres pour le transport et l'enterrement, le numérotage de la tombe sont des ingérences de l'administration, justifiées par des considérations de police et d'hygiène, mais cot'.neuses. Il est donc naturel que le pauYre se dise qu'à cette administration, ordonnant la dépense, incombe le devoir de la payer. C'est un raisonnement analogue qui a fait proclamer la gratuité de l'état ciYil et de l'école primaire. Celle des inhumations se justifie au même titre. M. le syndic Cuénoud disait: L'enterrement des corps est, avant tout, une mesure de salubrité, qui doit recevoir en tout cas son exécution, que la famille du défunt soit en état ou non de satisfaire aux dépenses. Il est donc naturel que des mesures prises dans l'intérêt de tous soient à la eharge de la communauté. • • MotiYée aussi fortement, la réforme s'imposait et devait, semblet-il, être appliquée sans restrictions; mais la commission, désirant ménager et les deniers publics et certaines susceptibilités, certaines Yanites qui ne désarment pas devant la mort, s'arrêtait à mi-chemin : Elle proposait la gratuité enfaveur de ceux qui la dema11deraie11t, sans en faire la régie. « Nous ne pretendons, disait le rapporteur, M. Edouard « Secretan, obliger personne à y recourir, en invoquant des considera- << tions égalitaires ... Sans doute, rien ne ressemble autant à un homme << mort qu'un autre homme mort, et nos cadanes, à nous tous, ne repose- << ront pas moins côte à côte, dans la suprême fraternité du sépulcre, << pour avoir été transportés les uns dans une voiture à un cheval ( 2), les << autres dans un char à double attelage. Mais encore les mœurs sont << les mœurs et nous ne sommes pas ici pour faire du sentiment, mais << de l'administration. )) Nos mœurs, heureusement, sont plus égalitaires que la commission ne le supposait. Dans sa grande majorité, l'opinion publique lausannoise désapprouva cette façon d'entendre la gratuité. C'était, en effet, la transformer en aumône, que les travailleurs n'auraient acceptée qu'à la dernière extrêmité. C'était, en fait, maintenir le système antérieur, où l'administration était bien forcée de payer les enterrements d'indigents. Un conseiller consen·ateur, M. Daniel Emery, en fut choqué (x) Ce Bulletin est la source principale ou nous avons puisé. (2) Enterrements gratuits, selon le système de la commission.

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