La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LES ENTERREMENTS GRATUITS EX SGISSE Le 3 fén-ier, M. Viret développait sa motion, qui était re1woyee a une commission ayant pour rapporteur M. le colonel Edouard Secretan, directeur de la Gazette de Lausa1111e. Voici les principaux arguments fournis par les représentants des anciens partis, en faveur de la gratuité : & Sans être en soi très considérables, les frais <l'enterrement ne laissent pas de peser sur les familles peu aisées. Si le pére, par exemple, vient a mourir après une longue maladie, c'est la ruine. A la perte . sèche résultant de la privation du gain, sont venues s'ajouter les depenses extraordinaires : médeci1i, remèdes, régime plus délicat. Et cela ne suffit pas ! Il faut encore acquitter sa dette aux pompes funèbres. Aux considérations d'ordre matériel, on peut et doit joindre une considération morale, celle que présentait, dans la séance <lu I 3 octobre 1890, M. le syndic (r) Cuénou<l : Que la famille soit paU\-re ou riche, dans tous les cas, les préoccupations mnltiples qui accompagnent l'organisation des funérailles Yiennent assaillir des personnes au 1110111ml où ln douleur paralyse leur activité el leur é11ergie. . C'est bien regrettable, diront les individualistes à tous crins, mais la commune et l'État n'ont pas ù intervenir. Laissons à chaque famille le soin pieux d'ensevelir ses morts! - Cc serait parfait, ou du moins défendable, si la famille avait ree1le111mt la faculté d'honorer le défunt comme elle le désire, de le conduire au cimetière public, ou de l'enterrer dans son jardin, s'il en a un, ù la place que lui-même aurait choisie, à l'ombre du vieil arbre qui lui était cher, au pied de sa vigne et de son figuier, auprès du toit qui l'a vu naître, comme on disait naguères. C'est ainsi que l'entendent certains peuples. La non-intervention se pourrait soutenir, si l'État et la commune laissaient a la famille le droit de garder ses 111orls, en les embaumant, aussi longtemps qu'elle le désire, une semaine, un mois, indéfiniment. On ménagerait ainsi des sentiments respectables. Il est dur, assurément, de n'avoir qu_e24 ou 48 heures pour contempler, une dernière 'fois, les traits d'un père ou d'une mere, d'une femme ou d'un mari, d'un fils, d'une fille, d'un frère ou d'une sœur. Mettons a part gendres et pelles-mères; encore y a-t-il beauçoup d'exceptions. Il serait lJ/11/utin de 11epas brusquer les séparnlio11s, si l'humanité et l'hygiène se pouvaient concilier. Il n'en est rien. Au nom de la salubrité publique, État et communes interviennent déjà, et ont raison d'intervenir; mais leur intervention a pour effet de compliquer les funérailles et d'augmenter la dépense. Autrefois, dit M. Viret, les cime- ~ières étaie1~t a l'intérieur.c!e tt ville; a1,1jourd'hui il faut, pour s'y ren- (x) Sy11dic, dansJe canton cle Vaud, est ~'équivalent de maire.

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