LA REVUE SOCIALISTE LE PETIT BATARD C'est une lourde et fiévreuse spirée d'Été. La clarté crue du bec de gaz, allumé constamment, éclaire brutalement la loge d'une maison garnie de Bruxelles, infecte boyau_, enclavé dans la muraille, où n'ont jamais pénétré, ni une bouffée d'air pur, pour en chasser les miasmes morbides, ni un rayon de soleil, pour réjouir l'œil des miséreux qui l'habitent. Ce soir, trois êtres humains respirent dans cette atmosphcre viciée et brûlante. Affalée dans un vieux fauteuil boiteux, MmeVan Fut, la concierge, énorme matrone, à la face bouffie, congestionnée, où brillent, d'un éclat dur, de claires prunelles, sirote amoureusement un Yerre de faro, dardant à chaque gorgée, un mauvais regard sur sa fille Gudule. Celle-ci, jolie, mais chétiYe blondine de dix-sept ans, est assise pres <l'une table à ouvrage: entre ses bras pleure et s'agite un bébé étiolé, casqué de boucles d'or. Gudulc a déboutonné son caraco de percale, mis à nu sa gorge blanche, toute mignonne, et murmurant de câlines prieres, offre à l'enfançon, qui crie et détourne la tête, la fraîcheur rose de son sein. - Mie ne veut plus têter, il est peut-être malade, soupire la jeune mère en se rajustant. - La chaleur le taquine un peu, Yoilà tout, réplique YiYement MmeVan Fut. - C'est possible, on cuit, on étouffe ici. Mais mon Dieu, comme il est rouge ! Ton Mie a bonne mine, et tu te plains? Bonne mine! si on peut dire. Il est maigre, tout.sec. Les enfants de pauwes ne sont jamais gras. Vous avez beau dire, je suis sûre qu'il a la fihre. Il brûle: entendez-,,ous comme sa petite poitrine siffie ?
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