La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

I LA RE\'UE SOCIALISTE Considérons d'ailleurs qu'une certaine défiance en matière politique n'est pas tout à fait sans fondement; et que, si l'avant-garde de l'armée féminine compte des esprits supérieurs, mûrs pour la liberté intégrale, la masse est encore bien faible pour porter le poids d'un affranchissement radical, comprenant non seulement l'cgalité économique et civile, à laquelle les socialistes ont toujours souscrit et qui ne fait pas question, mais de plus l'égalité politique. Si l'on déplore l'aveuglement de la foule masculine, encore soumise après cinquante ans et quatre ré\'Olutions aux coununes, aux préjugés, aux faits accomplis, votant sans choix et sans règle, se prenant aux beaux discours et faisant toujours fonds sur des serments cent fois violes, quelles raisons n'aurait-on pas de dcplorcr plus encore la concession immcdiatc du droit de suffrage à la femme, demeurée étrangère aux choses de la politique et qui n'a même pas su ou ose se dcfendre contre l'exploitation économique, la plus insupportable puisqu'elle est la plus tangible ?Est-cc que le sentimentalisme féminin n'a pas cté le pivot de toutes les oppressions? N'estcc pas surtout par la femme, naturellement encline au mysticisme et à la religiosité, que les innombrables fétichismes ont pu se perpétuer à tra:- vcrs les siècles? Et tandis que l'homme parvenait à s'affranchir du joug clérical et, en quelque mesure, du joug politique, la femme a-tellc rien tenté pour secouer sa chaîne d'esclavage? On convient cependant que, n'exerçant pas dans les sociétés anciennes un rôle que le système constitutionnel rcscrYait aux forts, c'est-à-dire aux guerriers capables de soutenir des institutions encore débiles contre les entreprises étrangères, la femme devait s'habituer à considérer l'homme comme son protecteur naturel, le mariage comme la raison d'être de son existence (pùisque célibataire, elle ne pounit aimer sans déchoir) et accepter ainsi la tutelle civile, intellectuelle et économique de l'autre sexe. Rccllcment, en dehors d'une adulation, qui flattait trop sa Yanité pour ne pas lui déguiser sa déchcance sociale, puissent exceller en politique l L'histoire apprend au contr:iirc, jusqu'à l'é,·idence, qu'il y a eu parmi les femmes d'aussi bons politiques qu'il y en a eu de détestables parmi les hommes. Aujourd'hui méme, sous le r:ipport politique, que d'hommes sont femmes, femmes plus astucieuses et commëres plus bavardes que les femmes ellesmêmes I Que d'hommes seraient mieux à leur place assis près d'un foyer ou la quenouille à la main que parmi les hommes, dans de graves assemblées dêlibérantes ! Quoi de comparable entre une femme éclairée, familiarisée :ivec les besoins de son temps, et cc nlet, ce s.wetier, dont le regard n'a jamais franchi le cercle étroit de ses humbles occupations quotidiennes I Pourtant, cet homme détient une part du suffr:igc universel, et par Il il participe aux déterminations et à l'histoire de sa nation, tandis qu'à côté de lui la femme raisonnable, cultivêc, est considèrée comme incapable d'exercer le même droit! Mais tout cela n'est vrai que dans les cas particuliers; dans la gènérnlité, le sexe féminin est trop peu mûr encore, trop mineur, trop faible sous le rapport religieux, pour que sa complète émancipation politique soit praticable. Il est besoin, au préalable, de réaliser les indispensables conditions d'éducation et d'instrnction, de soumettre les deux sexes à une même culture intellectuelle ».

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