LA FEmlE DA::-1S LA SOCIÉTÉ MODER~E serait démontré que ces régions cérébrales spéciales se développent moins chez les femmes que chez l'homme, on pourrait attribuer ce fait au défaut d'exercice et de culture tout aussi bien qu'à une infériorité originelle; car, on le sait, tout organe, sans en excepter le cerYeau, a besoin, pour arriYer à son point de perfection et par suite à son plein déYeloppement, <letrouYer occasion de fonctionner, de faire un effort prolongé ». On comprendra qu'entre des opinions diamétralement contradictoires, et jusqu'à ce que la science ou, à son défaut, l'expérience ait déterminé aYec certitude s'il y a, ou non, equivalence cérébrale entre l'homme et la femme, nous nous abstenions de prendre un parti décisif. Quant au second des arguments, im·oqués contre la légitimité des reYendications féminines, c'est-à-dire l'espéce de sanction donnée par la femme elle-t11ême i son inferiorité sociale, il parait malheureusement plus fondé que le précédent et moins susceptible de contestation. On peut s'étonner, en effet, qu'au moyen âge, tandis qu'à tous ks echclons de la hiérarchie féodale, les hommes s'occupaient uniquement à remplir le deYoir d'host, les femmes n'aient pas consacré les longues heures solitaires de la Yie châtelaine à l'étude des lettres et des sciences, qui leur était abandonnée comme indigne d'occuper des hommes libres; que, pendant les derniers siècles de la monarchie, à l'époque oü les bourgeoises, dcYcnues riches, aYaient enfin conquis une situation sociale relariYement ·e1wiable et où cet état de fortune leur aurait permis de cultiYcr les dons de l'intelligence et du saYoir, elles n'aient pas avidement recherché les seules distractions qui leur fussent accessibles, puisqu'elles n'étaient pas aùmises à la Cour. Que l'esclavage auquel les societés anciennes aYaient condamné les femmes du peuple, et les labeurs auxquels les oblige aujourd'hui la bataille économique, aient rendu impossibles l'éducation et l'éman- ~ipation de ces éternelles déshéritées, cela s'explique, de même que s'explique l'infériorité int~!lectuelle des ouniers mâles du sol et de l'industrie, courbés depqis .des siècles. sur ,le sillon ou sur l'établi; mais que les femmes des classes moyennes, libres <letoute occupation assujettissante et mises à même de feuilleter les chefs-d'œuvre de l'esprit humain, n'aient pas eu le désir d'exercer leur imagination et de rivaliser de savo_ir avec les représenEants de .l'autre sexe, voilà qui, s'il n'engage pas, à notre avis, l'émancipation prochaine de la femme, peut servir d'argument à ceux qui repoussent (et ils sont légion) (r) ·son émancipation immédiate. (1) Le D' Büchner (/oc. cil., PP·. ,59-60) écrit : « Le plus souvent on s'est élevé contre l'extension aux ,femmes de l'égalité des droits politiques; et en réalité, da11sl'e/al actuel des choses, une telle expérience serait passablement aventureuse et fort périlleuse pour la liberté et le progrès. Loin de npus la pensée de prétendre qu\! les f~nunos ne ,_ 20
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