La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

. LA FDDIE OAXS LA SOCIÉTÉ MODERXE 301 pendant plusieurs mois aux objurgations de leurs compagnons de misère et, malgré l'appui moral que leur aYaicnt donné sucessi,·emcnt deux congrès ( celui de Tours et celui de Marseille, septembre, octobre 1892), ne se grouper enfin pour la défense de leurs intérêts qu'a·pres d'actives et incessantes démarches des syndicats métallurgistes nantais? Et combien rares les cas oü l'ouniére française, l'ouniére parisienne surtout, montrerait l'énergie des femmes de Berlin ratifiant et sanctionnant le boycottage prononcé par les ouniers contre certaines brasseries ! Pour saYoir à quel point les huit dixièmes des omTicrcs ignorent ou méconnaissent la nécessité de l'association, il faut aYoir Yécu dans les intérieurs paunes de Paris et discuté aYec les femmes et les jeunes filles le problème économique. « Il y aura toujours des riches et des paunes » : telle est leur habituelle réponse aux conseils de résistance, réponse qui est précisément l'argument de chcYet des sectateurs de la Yicillc économique. Tant donc que la femme n'aura pas acquis, avec le goût des discussions et des conférences, la notion de la solidarité, clic sera, comme l'a dit très justement MmePotonié-Picrrc ( r) et comme le reconnait MmeRaymond Pognon, inapte à comprendre et, par conséquent, :i. seconder le mouyement en ayant (2). Tel est, cependant, le danger social des conditions imposccs au travail féminin que, si l'ou\Tière a peu fait pour en conquérir la modification, certains gouYcrncmcnts ont dû se prcoccuper d'en tcmpcrer la rigueur. L'Illinois, par exemple, a, l'année dernière, limité le traYail des femmes dans toutes les industries à huit heures par jour ou quarante-huit heures par semaine, et prescrit l'affichage dans les usines du nombre d'heures exigé (3). En Angleterre, la première loi reglcmentant le traYail féminin date de r 842 et fut Yotée grâce aux efforts des associations de mineurs. Antérieurement à cette loi, les industriels commettaient des abus inouïs. C'est. ainsi que les (1) Loc. cit. (2) Si, pourtant, la masse de la population féminine a jusqu':i prcsent méconnu ses intérêts, quelques individualités s'efforcent de l'arracher it. cette indifférence. En étudiant tout il l'heure le mouvement féministe créé depuis quelques anpées, nous aurons à citer des femmes supérieures dont le prosélytisme est plus ardent que n'est profonde la résignation de leurs compagnes. Pour l'instant, nous nous bornerons à signaler les efforts faits par la fédération des sociétés féministes françaises pour inspirer il l'ouvrière une juste conception de ses devoirs. Le r"' avril 1894, cette fédération appela l'attention parlementaire et publique sur les résultats qu'entraine pour les femmes la privation des droits ci,·ils, en les mettant, par exemple, dans l'impossibilité de faire partie des conseils d'administration des syndicats. D'autre part, Mm•• Chcliga Loevy, Aline Vârette et Hélène Sarrasin sont membres du Conseil syndical Jes journalistes socialistes, et Mm• i•arie Bonnevial représente au Secrétariat national du Travail la Fédëration des Bourses du travail de France. (3) B11lleti11 de l'Office d11travail, mai. 1894.

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