La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

300 LA REVUE SOCIALISTE les projets qui le menacent. Gréves, boycottages, émeutes : rien ne lui coûte pour disputer son existence a l'égoïsme patronal. La femme, elle, n'a pour ainsi dire pas connu les réductions progressives ·et calculccs dont le salaire masculin a été l'objet. depuis les premières applications du machinisme; elle a, dès la première invite, accepté le prix dérisoire que le capital voulait bien lui offrir, sans songer qu'ainsi, non-seulement elle se rendait l'existence impossible et autorisait pour l'avenir les pires abus du mercantilisme, mais qu'elle coopérait brutalement a l'œune de réaction entreprise contre le socialisme. Au lieu de dcclincr les propositions du patronat, et par le refus de son propre traYail, de hâter le succès de la guerre soutenue par les ouniers, elle a commis la faute d'entrer en concurrence avec eux et de donner une apparence de raison aux plus scandaleuses réductions de salaires. Bref, il ne semble pas jusqu'ici que la femme ait cru ses intérêts solidaires de ceux de l'homme, et, si elle l'a cru, elle n'a pas donné la preuve que notre combat contre le capitalisme ait obtenu son approbation (r). C'est a peine, en effet, si quelques milliers d'ounières ont enfin• compris l'utilité des syndicats. En 1893, il y avait en France cent quatorze syndicats ouvriers comprenant a la fois des hommes et des femmes. Cc n'était pas le dixilmc du nombre total des associations ouvrières. Les quatre-vingt-quinze syndicats de province se rencontrent surtout dans la région des Ardennes (où l'on en compte plus de dix) et généralement dans les petites localité où il existe moins de cinq syndicats. Lyon, qui possède cent cinquante syndicats ouvriers, n'en a que neuf de femmes, Marseille sept, Bordeaux cinq, Toulouse trois. -A Paris, on trouye onze syndicats mixtes, c'est-a-dire composés mi-partie d'ouniers et d'ouvrières, et huit de dames seules, ces derniers comprenant huit cent Yingt-un membres. Au total, dix-neuf syndicats sur deux cent soixante-deux, soit moins de 7. 5 °/o, proportion encore supérieure a la réalitc, puisque nous ne comptons pas les syndicats qui n'ont pas satisfait aux prescriptions de la loi de 1884, èt parmi lesquels il n'en est pas un seul d'oun-iéres (2). N'a-t-on pas vu, d'ailleurs, les boulonnières de l'usine Dercelles, de Nantes, résister (1) Présente à l'une des séances du Comité fédéral des Bourses du tra\·ai\ (30 mai 1894), M'"0 lbymond Pognon, présidente de la Ligue pour le droit des femmes, a exprimé un avis pareil au nôtre et prié les ouniers de s'unir aux sociétés féministes pour catéchiser les femmes et leur enseigner leur devoir. (2) A111111airedes syndicats professio1i11elr, Paris, 1893. ~ En Amériq_ue, un grand nombre de femmes font partie de l'association des Chevaliers du travail; il existe, en outre, dans les grands centres, des clubs spéciaux où les ou\'fières étudient les questions politiques et sociales. La ville de New-York posscdc un club de ce genre fort de vingt mille adhésions. - En Angleterre, les syndicats de dames seules comptent environ quatre-ving-cinq mille membres, et les syndicats mixtes environ q_uar:uue-huit mille.

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