LA FDDIE DA:\'S LA SOCIÉTÉ )IODER:\'E 299 ous ayons même connu une fillette de quatorze ans (l'àgc ou les soins sont le plus nécessaires) qui ne consomme à son déjeuner que deux sous de pommes de terre sans pain. Le soir (et nous défions quiconque de le contester, si peu croyable que cela paraisse), la plupart de ces ouvricrcs, exténuées et sans courage pour se préparer un repas, dinent d'une soupe maigre, de quelques fruits, exposés tout le jour à l'éYentairc ambulant des quatre saisons, et qu'entre sept et huit heures les marchands laissent au plus bas prix, ou de quelques cuillerées de confitures à douze sous le pot, d'ou sont absents les fruits et le sucre. Aprés quoi, elles s'en vont coucher, pour reprendre le lendemain leur collier de fatigue. Nous n'avons pas à cacher, du reste, qu'en général l'ouYrière parisienne, et c'est son tort, sacrifie trop Yolonticrs le besoin d'une nutrition réparatrice aux mille riens qui peuvent orner sa modeste toilette. Une fleur, un ruban, ont à ses yeux plus de prix qu'une friandise. Jeune, rieuse et saine, clic oublie que le corps le mieux trempé ccde aux fatigues et aux privations et qu'un jour Yicndra ou, Yieille et plus que jamais condamnée aux excessives besognes, clic fera de Yains appels à des forces éteintes. Fâcheuse imprévoyance, qui concourt au mal social dont l'ouvrière est victime, et qu'il lui faut proscrire si elle veut triompher de l'égoïsme capitaliste. La régle111e11tation du travail féminin. - C'est d'ailleurs ici le lieu d'obscryer que, malgré l'exemple de l'homme, insurge contre l'exploitation économique, l'ouvriére n'a pas fait ce qu'elle aurait dù pour essayer de se soustraire à la tyrannie du capital. Mme PotoniéPierre a écrit ( r) que « la femme et l'homme, placés cote à cote en ce monde, ont les mêmes intérêts, que la cause de l'un est la cause de l'autre », et que celui-ci, entré depuis longtemps en réYoltc contre l'oligarchie industrielle, a pour devoir de frayer la route à sa compagne, cc infériorisée par les lois et par les mœurs ». Ce sont là, en effet, d'excellents et généreux conseils, que beaucoup d'hommes s'honorent d'avoir suivis; mais si l'ouvrier a ce premier deYoir, il a aussi celui de dire à sa compagne que sa condition est en quelque sorte son œuvre, qu'astrcinte à accomplir les plus pénibles travaux pour un salair~ dérisoire,- elle n'a jusqu'à ce jour rien tenté pour s'en affranchir, et qu'elle semble même accepter son sort matcriel avec autant de passivité et de résignation qu'elle subit son infériorité civile. Nous savons quels efforts fait le capital pour réduire encore le salaire masculin, déjà si disproportionné avec l'accroissement de la richesse publique; mais l'ouvrier n';,pportc pas moins d'opiniâtreté à déjouer (1) La Ma11ifestaliou du Premier mai 1893.
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