La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE viande furtivement emballée dans un fragment de journal pour une mère pamTc ou un petit frère laissé a la maison, les miettes de pain que ne mangcrcnt pas les moineaux du Luxembourg!. .. » C'est ainsi qu'une initiative gcnércusc a pu, très relativement d'ailleurs, amcliorcr le rcgimc de quelques centaines de femmes et de jeunes filles. Mais les ouvrières de Paris ne jouissent pas toutes des avantages créés a la population ounièrc féminine du 1er et du 2e arrondissements. Il y a des budgets de l'alimentation plus restreints que celui du restaurant de la rue Jean- Jacques Rousseau, des estomacs exigeants dont il faut contenir l'appétit, sous peine de ne pom·oir faire face a d'autres dépenses, et c'est alors une ingéniositc merveilleuse et nanante a vivre le plus frugalement possible. Deux jeunes femmes, employées dans un magasin de la rue Turbigo, dccidcrent un jour de s'associer pour prendre le repas de midi. Leur dépense quotidienne se solde ainsi. Autorisées à déjeuner dans leur magasin, elles achètent de compte à demi, dans un de~ bo11illo11s qui entourent les Halles, une portion et demie de viande garnie qui leur revient à 50 centimes, soit pour chacune d'elles 25 centimes;. elles consomment par semaine deux litres de vin à 60 centimes (1 fr. 20) et un pot de confitures du même prix, soit 15 centimes par jour; clics partagent enfin une liwe de pain à 20 centimes. Ainsi composé, le repas leur coûte individuellement 50 centimes. D'autres (et c'est hélas! le plus grand nombre) ont renoncé au vin et se contentent d'un plat de charcuterie ou de veau rôti, payé trois sous, d'un cornet de pommes de terre, qui coûte deux sous, et de deux sous de pain. Total: sept sous. La fontaine \Vallace fournit le liquide. Il existe rue du Cygne un comptoir des plus modestes, oü l'on ne prépare que du bœuf et des légumes assaisonnés avec de la graisse de viande. Plat de bœuf ou plat de légumes ne coûtent que dix centimes. Un de ces plats et deux sous de pain : tel est l'ordinaire de beaucoup d'apprenties et même d'ounieres des ateliers du voisinage. Le plus luxueux repas que nous ait révclc notre enquête est celui d'une ounièrc mécanicienne qui y consacre 90 centimes. Cc repas se compose d'une livre de pain (dont, il est nai, la plus grosse part est consommée le soir), 20 centimes, d'un plat de viande, 25 centimes, d'un plat de lcgumcs, I 5 centimes, d'une demi-chopine de vin, 20 centimes, d'une tasse de café, IO centimes. Par contre, voici comment, d'après le journal le Petit Parisien, une chemisière, qui gagne deux francs, parvient à vivre une journée entière avec la même somme de 90 centimes : une livre de pain, 0,20; le matin, lait, o, I o; à midi, une c6telcttc, 0,2 5 ; vin, o, r o; charbon 0,05 ; légumes, o, ro; beurre, o, 10. - Total : 90 centimes.

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