La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA FEMME DANS LA SOCIÉTÉ MODERXE 297 ou les cclatantcs blancheurs d'une lingerie de prix rclcYCnt l'or, la pourpre et le rubis des crus princiers serYis dans d'impalpables cristaux. Il n'y a ni journaux, ni lines pour décrire les repas dont meurent les femmes et les filles de nos faubourgs, et comme le disait naguère le Figaro, il faut un hasard pour pcnétrcr les mystères des budgets fcminins. , << En 1892, raconte M. Guy Tome! (r), quelques dn.mcs, fondatrices de l'U11iondes ateliersdefemmes, rcsolurent de fonder, près du Marché Saint-Honoré, une sorte de pension bourgeoise, OU\'Crtc aux femmes seulement, et ou les aliments, soigneusement préparés, leur seraient \'endus au prix coûtant. Elles firent un peu de propagande auprcs de leurs fournisseurs, couturiers, modistes, etc., et le jour de !-'ouverture, on fut tout surpris d'avoir a ser\'ir cent douze personnes dans un local qui n'en pouvait cornmodcmcnt contenir que soixante. Heureuses de divorcer avec l'éternel plat de charcuterie ou le cornet de pommes frites, les apprenties et les ouvrières reYinrcnt le lendemain avec leurs compagnes. Cc fut une mode. On dut refuser dn monde. En fin d'année, la direction constata que, grâce aux principes de stricte économie appliqués, la maison a\'ait fonctionne sans déficit. Dès lors on rêva de faire grand, et le rêve fut réalisé par la fondation, rue Jcan-J acq ucs Rousseau, dans le local d'un grand bouillon en faillite, d'un restaurant analogue à celui du Marché Saint-Honoré, mais pouYant contenir six cents personnes. cc La on vit arriver, outre la clientele des ounières libres, celle des employées de toutes les grandes administrations du voisinage : postes, timbre, maisons de banque, et toutes ces femmes s'en tirent généralement en dépensant 70 centimes. A cc compte, clics pcuYent~ faire un déjeuner complet : Pain et vin (un carafon). 20 C. Salade ou légumes .. . I 5 et 20 C• Soupe et consommé. 15et2oc. Fromages, desserts rnPlats de viande avec ri~s............... 1oet15c. sauce ou légumes ... 30 C. Café................ IO C. Rôti garni ........... 40 C. Liqueurs ............ roet 15 c. Quatorze sous! le voilà bien le repas de Jenny l'ouvrière! ..... Mais quatorze sous forment encore une somme introuvable dans ces periodes de rilorte-saison qui sont le fléau de l'industrie parisienne. Alors il n'est pas rare de voir arriver rue Jean-Jacques Rousseau, deux par deux, couturières et modistes. Celle qui travaille invite celle qui chôme; on partage le plat de viande a\'ec sauce ou légumes, le fromage, le dessert varié et le petit noir. Qui dira toutes les privations héroïques dont furent témoins ces tables de marbre ? La portion de (1) Figaro, 13 ma.i 1894.

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