LA REVüE SOCIALISTE Quant aux femmes elles-mêmes, elles sont, au rapport du docteur Schulcr, beaucoup plus atteintes que les hommes. Le taux de la mortalité dans les établissements industriels de la Suisse qui occupent les deux sexes, ctant de roo pour les hommes, s'élèYc a r 27 pour les femmes, le nombre des journées de n-1ladics, de roo pour les hommes, a r 50 pour les femmes, la duree moyenne des maladies, de 100 pour fes hommes, a r r7 pour les femmes. La proportion de la mortalité féminine a la mortalité masculine est de r 56 contre 100 dans les filatures de coton, et de r74 contre 100 dans la totalité des fabriques. Au reste, si l'existence féminine n'est point protégée pendant la jeunesse, elle ne l'est pas daYantage quand le corps, épuisé par trente années de labeur, s'incline Ycrs la terre, lieu du dernier repos. Malheur aux femmes demeurées seules et paunes a l'heure de la Yieillcsse ! DeYenues incapables d'accroitre cette richesse publique, qu'elles ont si longtemps grossie de leur traYail, l'industrie leur ferme ses portes, parce qu'il lui faut des bras jeunes et forts, et la société les abandonne a dies-mêmes, comme on jette un outil hors d'usage. Leur unique· ressource, si la r:1aladie leur a fait la gràcc de les épargner, si la nature, plus humaine que l'homme, leur a laissé quelque énergie, est de trayailler chez elles, aux pièces, jusqu'a l'heure où elles dormiront l'éternel sommeil. Les auteurs ont connu une femme qui, deYenuc Yeuye a soixante-quatre ans, dut se liner, pour ne pas mourir de faim, a la piqûre mécanique d'ouuages de lingerie. Elle se mettait au traYail a six heures du matin, oc le quittait qu'a six heures du soir et gagnait vingt-trois sous. Qui ne se rappelle cette femme de soixante-douze ans, la Yeuve Imbert, qui YÎYait en confectionnant des pantalons pour le compte d'un tailleur, et qu'après cinq jours d'absence on trouva morte les jambes déYorécs par des rong~urs, tenant encore a la main l'ouvrage dont elle avait payé son dernier repas? Ainsi se commente l'axiome social: A chacun selon ses forces! Le budgetde l'ouvrière. - Comment donc, si parcimonieusement rétribuée, l'ouYrièrc qui Yit seule peut-elle YiYre? Par quels prodiges « d'économie et de sobriété » tire-t-elle d'un salaire qui ne suffirait pas a payer le plus maigre des potages scrYis dans les restaurants du boulcYard, sa subsistance, son domicile et son Yêtement? Il y a des journau;-;. pour publier les menus des maisons qui se respectent; il y a des livres pour montrer combien l'emporte sur le serYicc a la russe le service a la française, où mets, fruits, fleurs, porcelaines~ argenterie confondent leurs couleurs et leurs parfums pour le charme des yeux et la joie du ventre; il y en a d'autres pour proscrire de la table les ~auces figées, les Yiandcs disséquées et peindre l'harmonie d'un tableau
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