La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

22 LA RE\'l.JE SOCIALISTE milieu, pas plus une société ne peut se déYelopper sans une conquête incessante sur la nature, puisque sans cela la Yie de ses membres ne serait plus possible. Il ne s'agit pas de dire qu'ime société ne pourrait plus ,·iHe si elle ne réalisait pas tel ou tel progres en particulier, car l'histoire montre que les progrès diYcrs n'ont été ni sirnultanes, ni parallèles, ni continus, mais seulement de remarquer que la SLHYiYance d'une sociéte suppose nécessairement une certaine moyenne de réalisations indispensables a son maintien, absolument comme la surYiYance d'un être Yinnt n'implique pas la nécessité d'un même perfectionnement continu de toutes ses fonctions. La Yariation des espèces, et conséquemment la sélection, le progrès résultent précisément des différenciations qui se produisent dans les indiYidus et les espéccs par suite de ces inégalités, de ces dissemblances dans leur adaptation aux conditions et circonstances. Mais nous sayons aussi par expérience que le deYcloppement de l'organisme cesse quand la somme des acquisitions est inférieure a la dépense, et l'histoire nous apprend qu'une ciYilisation tombe en décadence lorsqu'elle cesse de progresser, parce qu'elle s'affaiblit par l'effet seul des depcrditions que comporte le fait seul de Yivrc. Il en est des societés comme des indiYidus: cc sont les organismes les mieux adaptés a leur condition de Yic qui ont le plus de chance de survie. Par conséquent, le progrès apporte a une société une plus grande aptitude à Yine et à surYiHc. Nous pom·ons donc dire que les ciYilisations doiYcnt nous offrir une durée en rapport aYec la somme de progrés qu'elles réalisent. C'est cc que nous montre l'histoire, quand on l'c1wisage au point de ,·uc de la marche de la ciYilisation, au lieu de ne considérer que les faits et gestes des guerriers et des monarques. Malheureusement l'histoire du progres social et de son raie dans l'érnlution humaine est encore à peine soupçonnee et fort d:fficile à degagcr du prejugé « politique ». Toutefois l'impulsion est donnee : le Yaste mouvement d'enquête de la science moderne éclairera de mieux en mieux les recoins obscurs de l'histoire, réduira les légendes à leur juste Yaleur, et retablira les ràles respectifs des hommes et des choses dans la marche de la ciYilisation. On peut dire que le progrès est la loi de la Yie sociale, comme la selection est celle de la Yie organique. Nous ne pouvons ni comprendre, ni supposer que les hommes cessent d'être entraines par les necessités de subYcnir aux besoins de leur existence, à rechercher toujours da\·antagc les moyens de mieux triompher des difficultes que leur suscitent les temps et les lieux. Par consequent, nous ne pouYons meconnaitrc que la sun·ie sera assurée aux plus aptes parmi les nations comme parmi les indiYidus. Kons sentons que les décheances indiYiduelles peuYcnt se multiplier plus ou moins; mais comme la loi de

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