La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA LOI DU PROGRtS 21 Tout le n1onde commence i comprendre l'importance et la prépondérance de la question cconornique. Chacun sent que l'avenir est à la nation qui saura le mieux adapter son organisation économique aux conditions modernes de la lutte des intérêts et aux nécessités des besoins qui grandissent, se multiplient ·et s'affirment en proportion du développement de la ciYilisation. Les enseignements qui surgissent i chaque instant des résultats contraires aux promesses thcoriques, le sentiment de notre solidarité, qui nous Yiendra de plus en plus, de la constatation rcpétée des faits incessants de répercussion dans le domaine de notre Yie organique, cconomique, intellectuelle et morale, la nilgarisation des lois organiques, vitales, de l'évolution sociale, améneront peu à peu les esprits à comprendre que le progres, c'est-à-dire la force, la prospéritc d'une nation, résulte ayant tout du degré de correspondance et d'harmonie entre les facteurs, les besoins. et les intérêts et non pas de la quantitc ni de la puissance des facteurs, des besoins ou des ressources, absolument comme la santé de l'individu dépend de l'harmonie des fonctions et non pas du Yolume des organes, du degré de l'appétit, ni de la quantité des aliments consommes. L'histoire des ci,·ilisations nous montre que tout ce qui facilite l'adaptation d'une sociétc à ses conditions de Yie a pour conséquence d'assurer son déYeloppement, que tout ce qui favorise les correspondances de ses membres et de ses facteurs a pour effet d'augmenter son activité, ses ressources et sa force de rcsistance·à ses ennemis. De tout temps, l'insuffisance ou l'accaparement des moyens de correspondance entre les provinces d'un même État, les inégalités de ressources ou de dcvcloppement, les entraves artificielles aux échanges vitalement nécessaires ont engendré les luttes intestines, les crises économiques et les réYolutions, qui ont affaibli et souvent ancanti les nations. Par conséquent, s'il est Yrai de dire que la société est engendrée, constituée par l'interaction des ·actiYités individuelles, l'expcrience nous apprend que le progres social résulte de leur coordination et de leur solidarisation, comme la santé decoule de l'harmonie des fonctions physiologiques. IV DE LA LOI DE PROGRtS Le progrés n'est pas seulement un produit de l'évolution sociale, il en est une conséquence, une condition nécessaire, il en constitue une véritable loi. Pas plus qu'aucun être ne peut vivre sans une continuelle acquisition de matériaux étrangers qu'il emprunte à son

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