LA REVUE SOCIALISTE tariat, sans cesse grossissante, ne s'alimente plus que de femmes, lesquelles, gràéc à la modicité de leur salaire, prennent la place de l'homme et aggravent l'ctat de misère de la population ouvrière (r). Les co11ditio1d1us travail fémini11. - On a prctcndu justifier l'empressement mis par le Capital à féminiser son personnel en alléguant que c< les traditions d'ordre, d'économie et de sobriété de la femme lui permettent d'accomplir une tâche égale à celle de l'homme en se contentant d'un moindre salaire » (2), ce qui reYicnt à dire que les traditions d'égoïsme des négociants et des industriels les autorisaient a tirer profit des meilleures qualités féminines, et que, dans une société fondée sur un mauvais système économique, être bon, c'est être fatalement dupé. En fait, cc pitoyable essai de justification est purement rhétorique, car il n'est pas un négociant, pas un industriel qui cherche à déguiser le veritable motif de la féminisation; on n'affirme même pas que le travail de la femme soit supérieur à celui de l'homme ; on avoue hautement que la dépréciation du salaire, qui en est la conséquence, permet au grand capital de traYcrser impunément la crise économique et de s'alimenter de la détresse générale. Aussi, l'introduction de la femme, non seulement dans l'atelier, rnais dans le commerce et les emplois publics, prend-elle une extension chaque jour plus considcrable. En r 89 I, l'administration des postes et des télégraphes, par exemple, comptait, sur un total de 22,700 employés des deux sexes, e1wiron 9,000 rcceyeuses, occupant a peu près autant de demoiselles hors-cadres et gagnant de 800 à I ,800 francs par an, pour un serYice payé aux hommes de r ,200 a 4,000 francs. Ce système rcsout, d'ailleurs, si heureusement le problème budgctaire qu'au commencement de 189-1- l'administration décidait de fcminiser la moitié des bureaux de Paris (3). Seulement, si le mercantilisme national ou priYc ne colore point d'hypocrites formules les effets de sa rapacité, il opère comme si la force féminine ctait réellement suffisante pour supporter des trayaux auxquels peu d'hommes résisteraient. Voyez les demoiselles téléphonistes! Ces jeunes filles ne gagnent, après un stage gratuit de quelques mois, que 800 francs par an. Or, quel est leur traYail et dans quelles conditions l'cxccutcnt-cllcs? (1) Les résultats du denombrement de 1891, parus (imprimerie nationale, août 1894) depuis que cette étude ctait ccrite, confirment ces chiffres. Le rapport des ouvrières au total de la population laborieuse serait de 3 5. 5 °fo. (2) Yves Gu_yot, La Tyra1111iseocialiste, 1893. (3) Au mois de juillet suivant, ceci n'était plus exact. La Direction des Postes de la Seine était obligée de reconnaître que, loin d'avoir déterminé les économies prévues au début de l'expérience, la féminisation avait augmenté sensiblement les dépenses, par suite des frais de remplacement très fréquents que nécessitaient la fatigue et les maladies des employées. Aussi l'administration renonça-t-elle à poursuivre cette coûteuse expérience.
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