La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE ses actes sont enYisagés sous les couleurs les plus défavorables, on ne lui pardonne p;_ts d'ayoir Youlu se soustraire à la loi commune, et, circonstance curieuse, le blâme lui Yicnt surtout des femmes, chez qui l'empire des préjugés et des habitudes a étouffé l'instinctive rébellion contre le despotisme masculin. Mais si, du moins, il suffit aux femmes des hautes classes, pour échapper en partie à l'iniquité sociale, de contracter un opulent mariage qui les fera reines par la toute-puissance de l'argent, les femmes des classes inférieures sont condamnées, mariées ou non, pour gagner leur propre subsistance ou pour ajouter au minime reYenu du ménage, à exercer elles-mêmes une profession, qui les éloigne du foyer, les étiole, nuit à leur fonction maternelle, et, par surcroît, fayorise l'ayilissemcnt du salaire masculin. La question du traYail des femmes est assurément de celles qui ont le plus contribué à hâter l'éclosion de la question sociale. Du jour ou les progres de la mécanique curent modifié les conditions générales du labeur et de l'existence, tant par la diminution de l'effort manuel que par l'abaissement du prix de Yente des produits manufacturés, les industriels, toujours en quête de profits impréYus, se demandèrent si. les conditions nouvelles n'exigeaient pas, pour quc le capital consc11dt son mouvement ascensionnel, l'admission de la femme dans les ateliers. Étant donné que ses conditions physiologiques l'obligent à <lepcriodiques repos, et que, d'ailleurs, à égalité <le temps, clic produit, suiYant eux, moins que l'homme, il serait facile et justifiable de réduire son salaire, et de le réduire dans des propo/tions telles que, le déficit de sa production mis en compte, son ad111ission laisserait encore au capital un ex.cédant de gain sur le traYail •masculin et, point essentiel, assurerait à l'industrie, menacée par les exigences du prolétariat, une réscn·c <le bras suffisante pour entra Ycr, dans une large mesure, le mouYemcnt social. Cc raisonnement plein de perfidie ne manquait pas de justesse, et les industriels ne tardèrent pas a l'appliquer. En 1869, le comte de Paris signalait qu'aux_ grandes forges de Mcrthyr Tydfil l'empilement des barres de fer martelées était exécuté par des femmes, et que cc trayail, qu'aucun homme Yigoureu:, et bien portant n'aurait consenti a faire pour moins de 2 fr. 80, leur était payé un shilling ( r fr. 2 5) par jour (r). Il n'y a, du reste, aucun doute que l'introduction de la femme dans l'industrie et dans les manufactures n'ait eu pour motif la faculté de lui payer un salaire inférieur à celui de l'ounicr mâle. Le journal anglais le Globe a complaisamment constaté que la substitution des (r) Les Associatio110s11urières c11 A11glelerre, v. p. 15 I. -Paris, Gcrmcr-Bailli~re, 1869.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==