' LA FEmlE DA~S LA SOCIÉTÉ MODER~E Yendange. L'auteur a connu en France, dans l'arrondissement de Châteaubriant, des cultivateurs réduits par la misere a prendre le rabot et l'herminette du menuisier et a laisser à leurs femmes la charrue et la herse. Ce qu'on ne voit pas daYantagc, ce sont ces jeunes hommes des villes, qui, valides et robustes, coulent leurs journées au caft': ou sur les champs de courses, se montrent dans tous les lieux de plaisir, font la conversation sur les promenades publiques, étalent, en un mot, leur paresse et leur inutilité, pendant que des femmes, des jeunes filles courent affairées, de lourds paquets sous le bras, à l'accomplissement d'une tâche exténuante, à la conquête d'une existence sans repos et sans joies. On s'indigne que les Latoukas éYaluent a dix Yaches le prix d'une femme; mais ne l'éYalue-t-on pas de même en pays ciYilisés ? Et quoi donc, sinon la différence de prix, distingue sur cc point l'homme cultivé du sauvage? L'un a plus d'appétits que l'autre, Yoilà tout; et le premier exige pour prendre femme plus d'or que le second n'offre de bestiaux. Telle est la supériorité de notre ci\'ilisation. Mais, dit-on, a côté des hommes qui trafiquent ainsi de la femme, il en est d'autres ... Sans doute, mais il est aussi des sauYages qui professent le respect de la dignité et de la faiblesse féminines et dont l'exemple pourrait serYir aux meilleurs d'entre nous. Le trait le plus caractéristique des mœurs des Tibbous (peuple habitant la partie orientale du Sahara) est précisément la suprématie qu'ils accordent à leurs femmes. Chez les riverains du golfe de Papouasie, ce sont les hommes qui s'occupent des gros traYaux de la terre; les femmes n'accomplissent aucune corvée (r). Une comparaison s'impose donc entre les pays de haute civilisation, oü la science, l'éducation morale, le raisonnement ont atteint ou sont prcs d'atteindre leur point culminant, et les pays sauvages, oü n'ont pénétré nul enseignement, nulle découverte, et cette comparaison démontre que nulle part encore la loi morale, submergée par les nécessités économiques, n'a pu prévaloir sur l'égoïsme, que, partout et simultanément, l'abus de la force, la passion de jouir, le déséquilibre social s'unissent en proportions diverses pour asservir, au mépris de l'éducation, la portion la plus faible de l'humanité. L' exleusion du travail fémi11iii. - En thèse générale, la femme est l'esclave de l'homme. Quelle que soit sa condition sociale; patricienne, bourgeoise ou plébéienne, les lois, les coutumes et les mœurs l'obligent à recevoir de son compagnon appui matériel et protection morale. Réduite' à sa propre énergie ou à ses propres ressources, tout paralyse ses efforts. Le monde l'écarte en suspectant son indépendance, (1) D'Albertis, Voyage à la Nouvelle-G1ti11ée, 1875.
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