La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

286 LA REVUE SOCIALISTE Quant a cc traYail, est-il, comme tendraient a le faire croire lès malcdictions prononcccs par les hommes civilisés contre la barbarie africaine, plus doux, plus humain, si l'on peut ainsi dire, que celui des femmes sauYagcs? Il ne sera peut-être pas sans intérêt d'ounir une etudc sur les conditions du traYail fcminin dans les socictés modernes par un tableau rapide de ces conditions chez les peuples enfants; on possédera ainsi des éléments de comparaison entre la cruauté dont notre continent accuse la barbarie et la grandeur d'âme qu'il se targue de posséder lui-même. Chez presque tous les hommes de couleur les soins domestiques incombent à la femme. C'est clic qui fabrique les nattes, façonne les poteries, retourne le sol et porte les fardeaux. L'homme se line à la chasse ou à la pêche. Les Shckianis, comme tous les peuples sauyagcs, professent le mcpris du traYail agricole et l'abandonnent, aYcc les autres besognes, aux femmes et aux csclaYes ( I). Les Ashiras font de même. Dans l'Ouganda, les femmes ne sont condamnées aux tra\'aux p6nibles qu'en punition d'une faute grayc (2). Pour les Latoukas, la femme n'a de Yaleur qu'a proportion de sa force physique. Elle prépare la farine, n puiser l'eau a un mille de la Yillc de Tarrangollé, dans des jarres contenant quarante-cinq litres, ramasse le ~ois de chauffage, cimente le plancher du domicile conjugal, fait cuire les aliments et propage l'cspc.':cc.Une jeune femme, vigoureuse, de bonne mine, capable de porter une lourde cruche d'eau, vaut dix vaches. Yéritable csclaYe, son prix est à cc titre (3). Dans l'Ounyoro, les femmes exécutent les travaux des champs. Chez les Diours, cc sont elles qui bâtissent les habitations (-t-), Au Dahomey, tandis que l'homme boit, fume ou dort, la femme fabrique l'huile de palme, recueille le bois, prcparc les repas (5). Les Achantis ne s'occupent qu'à faire la guerre, abandonnant aux femmes tous les autres travaux. Ces usages blessent incontestablement l'hypocrite délicatesse et l'aYilissantc galanterie dont les peuples civilis6s affectent d'entourer la femme. Aussi est-il de bon ton, a Paris et à Londres comme à New-York, de prêcher la croisade contre une barbarie « qui semble dcficr l'humanité». Ce qu'on ne YOit pas, par exemple, ou plutôt cc qu'on ne veut pas Yoir, cc sont, dans les campagnes d'Europe, les femmes courbccs sur le sillon côte à côte de l'homme, traYaillant comme lui aux labours, aux hersages, a la fenaison, a la moisson, a la (r) P. du Ch:iillu, T'oyage dallS l'Afrique occide11tale, 1856-59. (2) J .-H. Spckcr, Voyage aux Sources du Xil, 1860. (3) S. Baker, Découverte de l'Albert-Nya11z.a, 1861-65. (4) D' G. Schwcinfurth, Voyage ti l'011est du Nil Blaue, 1868-71. (5) D' R~pin, Voyage au Dabomcy.

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