La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

20 LA REVUE SOCIALISTE esprits. A force de dcsillusions, a force de duperies, les masses comprendront peu à peu l'inanitc de ces rivalités dl: personnes, de ces luttes pour de grands mots; clics apprendront de mieux L:nmieux a poursuivre leurs propres intér0s, au lieu de se laisser entrainer à pourchasser l'intérêt d'un chef, d'une famille, d'une caste ou à pourfendre le moulin a YCnt d'une utopie. Assez de duperies, crient de toutes parts les désabusés, les Yictimes de la politique, des personnalités et des expédients, occupons-nous d'affaires, cherchons d'abord à assurer la Yic à tous, à améliorer les conditions économiques, à supprimer l'csclaYagc moderne du traYailleur, réo-enérons en un mot la societé. 0 Oui, répondent les « dirigeants », nous entendons les cris de douleur, nous voyons les plaies sociales, nous constatons et nous déplorons le mal, mais nous avons fait, nous faisons et nous ne demandons pas mieux que de faire tout notre possible pour y remédier. Malheureusement l'histoire est là pour prouver quc le mal résiste :\ tout, et nous craignons bien qu'il ne soit incurable; il y a toujours eu des malheureux et des malades et il y en aura probablement toujours. D'ailleurs la science clic-même, !'Économie ne prouYcnt-cllcs pas que les phénoméncs sociaux sont régis par des lois naturelles auxquelles « nous ne pouvons rien »; par conséquent, il n'y a, en réalite, qu'à « laisser faire ». Tel un medccin robuste et plein de sante, examinant graycment un pau\Tc diable qui se tord dans l'agonie, lui déclarerait doctoralement que sa maladie est un « effet de causes naturelles » et qu'il n'y a qu'à laisser à dame Nature le soin de réparer le mal qu'elle lui a fait. Si la science ne <lcYaitpas aYoir d'autre résultat que cette conclusion des économistes, cc ne serait naimcnt pas la peine de tant s'en occuper, ni de si bien choyer ses représentants officiels. Mais, heureusement, cc n'est pas là toute la science et surtout cc n'est lù que l'effet <l'une méconnaissance de la science clic-même. Dire que les phénoméncs sociaux sont régis par des « lois naturelles » et en conclure qu'il n'y a qu'à<< laisser faire », c'est tirL:r une conclusion diamétralement opposée à l'esprit de la science, aux mobiles qui la font rechercher et à son essence même, attendu que la raison pour laquelle les hommes ont toujours cherché a saYoir, c'est de pouYoir mettre à profit pour eux-mêmes les connaissances acquises. Jamais, du reste, l'humanité n'a manifesté un aussi Yif besoin de savoir qu'à notre epoque; jamais la pratique de la Yic n'a rcYêtu un caractère aussi positif. C'est que, après tant d'éprem·cs, à mesure que la sociabilité se développe, les humains tendent à devenir conscients de leur rôle social, et a sentir la nécessité de songer a leurs besoins au lieu de s'abandonner aux rêycs et aux utopies.

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