La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LES TRIBU>.AU\: MILITAIRES EX SICILE 281 força par là le général à la proclamer à son tour; cc dernier en fut quitte pour un troisième édit en contradiction avec les deux premiers. La fiène de scrYilismc en arriYa à cc point que le tribunal de Trapani déféra au tribunal militaire la connaissance de faits manifestement en dehors de l'édit du général Morra. Le tribunal militai)·e, à son tour, déclara son incompétence et rem·oya le proccs au tribunal pénal : nulle leçon plus humiliante! Acceptons comme un fait brut la légalité des tribunaux militaires, le principe de la rétroactiYité; au moins la magis_traturc ordinaire n'aurait-elle pas dù se charger de l'instruction. Elle le fit. Elle épargna cet ennui aux tribunaux militaires, Yiolant en cela le code pénal militaire lui-même. Elle servit les proccs tout faits. Elle se rendit aussi complice de toutes les énormités de ces procès et responsable de toutes les flagrantes irrégularités dont on a parlé : le ministère public militaire ne faisait en effet le plus souYent que copier le réquisitoire du procureur du roi. D'où le jugement sévère porté i propos de la sentence Holinari et Gattini par l'honorable Lucchini, conseiller d'État, sur l'abdication de la magistrature ordinaire. Il la déclare complice du renYcrsemcnt de la liberté et de la justice (Brusa, appendice). Le professeur de Bologne aurait été plus âpre encore s'il avait dû porter son jugement :\ propos de la conduite de la magistrature sicilienne. Un des plus doux professeurs de la Faculté de Tt1rin la qualifie « une justice qui s'est rendue csclaYe de la police préventive >> (Bru sa). * * * Passons, pour terminer, i la cour de cassation. Le lendemain de la sentence de la cour de cassation, sur le recours du procureur général du roi, Bartoli, contre le jugement de la session d'accusation, laquelle, dans le procés de la Banque rorr.aine, avait re1woyés absous Picho Talongo et Michele Lazzaroni, ce fut en Italie une exultation genérale etJ'âme de tous s'ounit i l'espérance. La suprême magistrature avait rendu justice. En se bornant i examiner la sentence de la session d'accusation au nom de la loi écrite, dont elle doit être toujours et exclusivement l'infatigable défenseur, clic aYait trom·é moyen, aYcc des paroles éleYées, au nom de l'intérêt moral, de stigmatiser les défaillances. On espérait que la réponse de la cour de cassation devait et pouvait servir d'admonestation i certains magistrats inférieurs, d'encouragement aux autres. En Sicile, nous savons que ce noble exemple n'a pas serYi aux magistrats inferieurs; aujourd'hui nous saYons également que la même cour de cassation ne continue pas à marcher sur la route où_

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