LES TRIBUNAUX MILITAIRES E'.'l' SICILE 279 tcrent rien aux éléments de culpabilité. En tout autre pays ciYilisé et libre, ces rapports de délateur auraient suffi pour faire destituer l' inspecteur. En Italie, ils suffirent à pousser le tribunal de guerre, présidé par un Barbieri, à condamner Curatolo. La sentence n'est que la paraphrase pure et simple du rapport. Les considérants ne sont que suppositions et fantaisies. Par ce procès monstrueux, que la sentence seule dépasse en monstruosité, il reste prouvé jusqu'à la dernicre évidence que pour les tribunaux de guerre, on est coupable pour avoir eu des relations avec des personnes incriminées. Avec un tel critcre on peut em·oycr aux galères la moitié de l'Italie, y compris le Parlement : crime, la visite au pays voisin, pays qu'on représente au conseil proYincial ; crime, le fait de présider moralement un « fascio >1 et d'en être l'âme ( r) ; crime de pousser « avec expression » le cri : vive le socialisme! crime d'avoir désapprouvé publiquement et d'avoir empêché dans la mesure de ses forces des faits qualifü':s crimes. L'àme de tout Italien qui rêYe et travaille à la régénération d'une patrie libre, cette liberté dennt scrYir à faire sa grandeur et sa raison d'être dans le concert des nations civilisées, ne peut que rester profondément découragée et indignée de l'œm-rc des tribunaux militaires en Sicile; c'est la négation absolue de cinquante années de luttes, de sacrifices, d'héroïsme contre la tyrannie; cette œune délétcrc induit à de mélancoliques réflexions. Des comparaisons amcres se pressent en foule avec le gouvernement des Bourbons, avec le spectacle donné par le procès de la Banque Romaine. Corruption politique, asservissement absolu de la magistrature ( 2). * * * Dans Ba11queet Parlement, comme présage des éYénements à venir j'avais dit qu'en Sicile plus qu'ailleurs le servilismc de la magistrature envers le gouvernement était notoire. Un tel servilisme dans l'Ile avait ses traditions, sinon nobles, au moins ininterrompues - elles le furent un moment par le conflit Rapani Medici - dont le sénateur (1) Sous l'i)1culpation d'ètre « l'âme » d"un « fascio », à défaut d'autre motif, on vient de cond:mrner l'éminent jeune homme Eugenio Bruno de Santa Caterina. Mais le tribunal militaire de Caltanissetta se montra doux : six mois de prison. (2) Parmi les cas vraiment typiques et récents de l'asservissement de la magistrature, on doit enregistrer celui que confesse le préfet Municchi, - ex-magistrat - dans la cause Nasi-Cavallotti. L'ing~nuité avec laquelle Municchi - qui passe pour une « sommité» - confesse avoir mis sa magistrature au service ·des fantaisies de l'honorable Morana - ex-sous-secrétaire à l'Intérieur - prouve que le fait, pour énorme qu'il soit, est « normal » et notoire. J
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