La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA LOI DU PROGRÈS que le role fécondant de chaque conquête de l'homme sur la nature nous apparait bien plus clairement en cYolution sociale qu'en évolution organique. Nous ne poLn-ons donc douter, i moins de nier la perfcctibilitc et l'intelligence humaines, que la pratique de la vie doi,·e nécessairement tendre a développer le besoin de Yiwc, à pousser a la recherche des moyens de subsistance. De h\.un redoublement d'intensité dans la « lutte pour la Yie », de là une prédominance un peu exclusiYe accordée tout d'abord à la « question économique ». Pri1110vivere: il fout Yinc, il faut songer à Yi\TCayant de chercher la façon d'ordonner la Yie, aYant de s'occuper d'établir des rapports de plus en plus justes, de plus en plus adéquats entre les actes et leurs conséquences pour l'individu comme pour les collcctiYités. L'expérience individuelle et sociale résulte directement et naturellement du jeu même de la Yie; elle entraine une coordination inévitable des sensations et des perceptions qui se différencient, s'associent, se confirment ou s'infirmcnt, dans la série ininterrompue des actes des indiYidus et des nations, d'où la formation et le developpcmcnt progressif de la sociabilité, de la moralité et de la solidarité. Nous retrouvons nécessairement au point de nie social, comme en toute autre chose, les mêmes tâtonnements, les mêmes erreurs, les mêmes besoins de maxi mer, la même tendance a considérer comme définitiYc la « vérité » que chacun croit a\'oir découYCrtc. De là les systémcs et les doctrines; mais aussi de là le besoin d'imposer aux générations présentes et,\ venir la « Yérité », la « loi du bonheur », la possession du « bien ». N'est-cc pas, en effet, à cettë « généreuse illusion » que nous dcYons la pratique de I' « autorité », la doctrine du « devoir pour les goll\-crnants de faire et d'assurer le bonheur et la prospérité des peuples.» C'est là l'origine et la cause des abus de la « Politique >>. Tout le monde connait la lenteur relative du progrés chez les peuples primitifs; tous les auteurs. ont fait ressortir la période de stagnation, les phases de somnolence de la ciYilisation. « Dans les temps anciens, dit Guizot (1), a chaque grande epoque, toutes les sociétés semblent jetées dans le même moule. » On peut dire que nous rctrouYons le même piétinement, la même holution sur place pour l'humanite que pour la connaissance: la conception « politique » a été pour la ciYilisation la même source d'infécondité et d'immobilisation que la « conception métaphysico-ontologique » pour la_science : toutes deux sont filles de l'anthropomorphisme, qui caracté1:ise cc que nous pouvons appeler l'esprit ancien, l'esprit primitif, par opposition à l'esprit nouveau, à l'esprit moderne, à l'esprit scientifique. L'émancipation des peuples suina l'émancipation des (1) Leçons sur /'Histoire de la Civilisation en Europe.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==