LES TRIBU)lAUX MILITAIRES E)l SICILE Ce dernier s'était conYaincu de la culpabilité de l'accusé par certaines paroles qui lui furent dites par un certain Corsaletti; !cguel avait acquis la même conviction par certaines paroles dites par sa femme; laquelle les avait apprises de la femme d'un certain Partorio; laquelle les avait entendues de la bouche de son propre mari; lequel, en derniere analyse, était le syndic du pays voisin de celui des manifestants. Ce n'est pas là une pochade, il s'agit hélas! d'un drame trop réel où le premier acteur fut condamné pour « sobillation » (menée de souteneur) à 16 ans de galere. ,In11oce11retsco,1111e1tsco11dam11és. - Passant par dessus tous les scrupules, Yiolant tous les principes du droit et toutes les formes de la procédure, se fiant à n'importe quelle preuYe qui s'offrait, aux témoignages que nous connaissons dèj:i.,.lcs juges ne pouvaient décemment condamner. Ils condamnercnt pourtant. Ils condamnèrent Giuseppe Sparagno i trois ans de réclusion. Quel était son crime? Il aYait « fa,·orisé >> la fuite de Bosco, Vcrro, Barbaro. Or, l'article 22 5 du code pénal réclame, pour que soit ctabli le délit de << fayoriser la fuite », que le « fayorisé » ait commis lui-même un délit et ait été condamné, que d'autre part le << faYoriseur » ait connaissance du délit commis. Mais Bosco, Verro, Barbaro, quand ils furent arrêtés, n'avaient pas encore été condamnés, à peine le procl'.:s à leur charge était-il commencé. Autre curiosité : Spatiglia, accusé et poursuh·i pour << cris séditieux » fut condamné; a l'audience, il fut constaté que Spatiglia l'.:tait sourd-muet. Les « cris séditieux » sont commodes pour faire condamner i coup sûr. Ils ont fait condamner le pauvre Ciulla. Il avait, parait-il, crié dans une rue déserte de Morréale : Achetez I Calendari et Il Sicilia110 (journal républicain-socialiste publié à Palerme). Par malheur il y avait un passant, un seul, un gardien de la sccurité publique. Il entendit ce terrible cri. Il le dénonça. Espèrons pour le dénonciateur qu'on lui aura donné la médaille. Autre condamnation : Celle de l'irresponsable Rosalia Perrone. Son crime? Détention illégale d'armes : un vieux fusil rouillé de son fils, mort depuis des années. Elle conserYait ce fusil comme une prccieuse relique. Le président du tribunal voyant bien qu'il s'agissait d'une pauvre femme imbécile, demanda à l'audience la grâce. Condamnée ! Force devait rester à la loi. Peut-on prononcer une condamnation quand la conviction est faite que les accusés sont innocents? On lè peut, - du moins aux tribunaux de guerre. Qu'on le puisse. C'est ce que_proclame le ministère public-mili-
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