La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE taire dans son réquisitoire pour les faits de Morrcale. Les préYenus sont au nombre de 68. L'accusateur public n'hésite pas à faire cette confession : « Admettons que parmi les accusés il y ait quelques « innocents. En tout cas on ne peut le prouYer. Car presque toutes, « sinon toutes les dcpositions des tcmoins à dcchargc sont de la der- << nicre paunetc, Yidcs de sens, ou pleines de réticences. » Cet excellent fonctionnaire, le sieur Mattei, établit donc comme principe : Ce n'est pas à l'accusation à prouYer la culpabilité du preYcnu, c'est au prcvcnu à prouYer de façon satisfaisante sa non-participation aux desordres. Ces dépositions pouYaient-clles être meilleures ou plus exactes ? Elles ne le p·ouvaicnt pas. Les témoins qui se présentaient à l'audience n'ctaicnt jamais ceux indiqués par l'accusé. Il arriYa qu'un paysan sans culture de Morreale protesta contre les cquivoques qu'on pouYait tirer de son patois sicilien. Le tribunal, en effet, n'y entendait rien, pas plus que s'il eût parle sanscrit, il prit le parti de rire et de condamner à la turq ué ! on dit aujourd'hui plus exactement: à l'italienne. Et malheur au témoin qui fait ce que le conseil de guerre appelle une deposition· de « peu de Yaleur », « Yide de sens >1. Ne pourraitelle pourtant pas être corrigée et complétée par la dcposition d'un autre tcmoin? Non pas. Aux préYcnus, sans doute par économie de temps et d'argent, on n'accorde qu'un seul témoin à décharge. Le président, un braYe homme, pense bien à corriger et compléter les tcmoignages; mais c'est seulement lorsqu'il s'agit de l'accusation. Un exemple : Dans le proccs pour les faits de Santa-Caterina, le lieutenant des carabiniers, Colleoni - le même qui donna l'ordre du massacre du 5 ja1wicr et qui· en reçut la récompense - parlant comme accusateur public, fut ouYertemcnt contredit. Le président, colonel Orsini, en bon supérieur, intcrYint et se chargea de donner lui-même des explications suffisantes aux contradictions de son inférieur releyécs par la dcfcnsc. Mais la défense dut se taire et ne pas rcpliqucr ni protester; autrement, rappelée à l'ordre au nom de la discipline militaire ! Cc même lieutenant Colleoni, arriYé à Santa-Caterina la Yeille du massacre, et qui n'aYait pas apparemment, pendant la nuit, eu le temps de faire des connaissances, affirma au tribunal qu.'un certain Nicoletti aYait pris part à la démonstration. Le maréchal des carabiniers, qui YiYait à Santa - Caterina depuis longtemps et qui connaissait tout le monde, dit au contraire que c'ctait une erreur, que le coupable ctait un frere de Nicoletti. Cc dernier assistait à l'audience. Peu s'en fallut qu'il ne fut pris. Le président du tribunal aYait déjà ordonné son arrestation.

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