,I 274 LA REVUE SOCIALISTE ad\'ersaire Vivona, un manque absolu de générosité d'âme. Cc ne fut pas la déposition d'un témoin, mais un réquisitoire plein '1e colère; au point que parfois il réussit à indisposer jusqu'au président du tribunal de guerre. L'historien qui fera, documents en mains, le procès des procès qui curent lieu deYant les tribunaux de guerre en Sicile, dans l'année 1894, arrivera à cette douloureuse conclusion: la preuYe d'un complet asservissement de l'autorité politique et judiciaire aux partis dominants, dans tous les pays de l'île. Voilà pour les accusateurs; à de·s accusateurs épouYantablemcnt partiaux et odieusement animés du sentiment de la vengeance dcYaicnt correspondre et correspondirent en effet des témoignages qu'on ne peut pas dire ramassés au coin des rues, mais bien achetés à prix d'or et recrutés parmi les agents de police, et en général parmi ceux contre qui avaient été dirigées les plus criantes démonstrations. Mam·aise condition de sérénité. Dans le procès pour les faits de Valguarncra de pareils témoignages furent démentis par des personnes jouissant de la plus haute autorit~. Convaincus de mensonge et de réticence, les témoins forent mis en accusation pour faux témoignages. Mêmes choses se passèrent pour les tumultes de Partinico. Le seul témoignage d'un garde de la douane scrYit de nerf à l'accusation ; ce seul témoin aYait été condamné pour délit de droit commun. N'importe, il fut accepté. Il arriYait que ces dignes témoins ne connaissaient parfois pas même de vue les accusés et que, pour ne pas faire trop piètre figure, ils se les faisaient montrer dans les couloirs de la geôle. C'est cc qui arrin au procès pour les troubles de Pictrapcrzia. Le fait fut rcleYé par le braye lieutenant Catalano; et sur requête, le président du tribunal de guerre, colonel Orsini, fut contraint d'annuler les témoignages. Mais dans le même procès, il ne recusa pas le témoignage du chef de la garde municipale, lequel ne put reconnaitre parmi les détenus dans la geôle toutes les personnes qu'il affirmait aYoir ,·ucs participer au tumulte. Les accusés furent condamnés sur de pareils témoignages. Origine et valeur de la preuve. - Ces témoins exemplaires qui auraient pu dignement figurer aux temps heureux de la sainte inquisition ont parfois des scrupules. Ils n'affirment pas avec résolution aYoir \'U de leurs propres yeux, aYoir entendu de leurs propres oreilles. Ils rapportent souYcnt des « on-dit ». L'histoire du racolage des témoignages deYicnt édifiante dans le procès de Lercara. On réussit à y impliquer insidieusement le paune Bernardino Vcrro, qui déjà, pour le même fait, dut répondre dans le procès de Felice. Vcrro est accusé de désordres qu'il a,·ait précisément cherche à conjurer et il est aussi accusé comme « sobillatorc » (meneur) par un certain Tcnti.
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