La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LES TRIBUNAUX MILITAIRES E:\T SICILE 273 l'accusation, de l'énormité des moyens par lesquels fut soutenue l'accusatio~ et des critéres auxquels elle eut recours, de •l'innocence reconnue de quelques-uns des condamnés. Accusateurs, témoins et accusés. - D'une circulaire du général Marra di Lavriano, des télégrammes de l'honorable Crispi, des lettres et télégrammes des prcfets et sous-préfets au moment du péril et quand il n'y avait pas de troupes suffisantes en Sicile, il ressort que parmi les causes des troubles de Sicile il faut compter les coléres et les haines des partis locaux, les antagonismes et les luttes administratives, l'administration partiale et injuste des municipalités, inféodées depuis des années a des coteries locales, qui en usaient et en abusaien: de toutes façons sous l'égide des préfets et des députés ; la prédominance des intérêts de clocher qui, d'aprés l'expression de l'honorable Pantano, empestent l'air des Yilles de la Sicile, de la même sorte que la malaria empeste ses campagnes, le désir ardent des Yaincus de se délivrer du joug et même de se venger de leurs adYersaires Cela donné, la premiere regle de l'instr ction était de se défier des témoignages des intéresses. Cc fut tout le contraire. Le fait seul d'appartenir a un parti hostile au parti dominant était une présomption de culpabilité, cc monstrueux critere fut nettement formulé par le général Morra di LaHiano. Il se réduit au syllogisme suivant : Puisque l'objectif des tumultes et des séditions a été les municipalités, on ne p-eut en accuser les hommes de la majorité au pouvoir; puisque ceux-ci ne pouYaient s'attaquer eux-mêmes. Reste donc qu'on cherche les auteurs des faits déplorés parmi les hommes de la minorité. » , Si le commissaire royal extraordinaire pensait ainsi, les autorités subordonnées agissaient en conformité. Dans un pays de la province de Trapani, on voulait arrêter 250 signataires d'une pétition de 1893 contre les administrations municipale~ locales. Dans un autre pays de la province de Girgenti on arrêta un grand. nombre de membres des « fasci » parce qu'ils étaient notoirement adYersaires de l'administration commuhale. On pourrait multiplier les faits de cette nature. Tout misérable voulant assouvir ses rancunes personnelles, n'avait qu'a .s'inféoder au parti dominant et a dénoncer sa victime comme ayant participé aux démonstrations, dans un pays donné, un jour donné. C'est ainsi qu'a Marinca, une honnête femme du nom de Lombardo, fut dénoncée par un douanier qui voulait se venger d'avoir été repoussé par elte, sur ce seul témoignage elle fut condamnée à r 3 années de prison par le conseil de guerre de Palerme. Les accusateurs eux-mêmes ne cachérent pas leur haine contre les accusés. Laporito, syndic de Gasteh-etrano, révéla contre son 18

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