La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

2j0 LA RE\"UE SOCIALISTE ne pouYait non plus s'attendre de leur part à une grande impartialité. La chose est trés humaine. Qu'on se rappelle, entre autres antécédents historiques, le procés du maréchal Ney. Ces craintes se-sont-elles montrées vaincs et sans fondement dans le malheureux cas que nous examinons? C'eût été certainement l'ardent désir de tout Italien ; mais les faits n'ont que trop répondu aux prédictions les plus sinistres. Brusa, homme pourtant bien modéré, étranger à toute lutte politique, devant les sentences des tribunaux de guerre, fut forcé de s'écrier : « A la guerre comme à la guerre. Haine « et Ycngeancc, Yoilà les seuls acteurs qui entrent en scéne quand la « musique est un pot-pourri de Te Deum et de Vœ Victis. , Apres la question d'illégalité et de partialité, la question de rétroactiYitc. Ici on trouYc des contradictions manifestes dans les déclarations et dans les actes du commissaire royal extraordinaire en Sicile et à Lunigiana. Cc chapitre des contradictions est un grand chapitre. Le général Morra di Laniano et le gcnéral Hcusch en fournissent de beaux exemples. A la suite du décret du 17 janyier qui instituait la justice martiale Yint la circulaire du 20, qui restreignait sa compétence aux délits ou crimes commis aprés la proclamation de l'état de siégc. Mais le 2 5, le géncral Hcusch, en une autre circulaire, annulait celle du 20 et . proclamait la rétroactiYité. Le général Morra di Lauiano, plus fourbe, se contenta de l'appliquer. Que penser de ces coups de bascule ? absurdité d'abord, barbarie ensuite. C'est le rcsumé de la consultation donnée à cc sujet pa.r le professeur Brusa. Laissant de côté ces contradictions entre les actes et les déclarations des commissaires royaux extraordinaires, reste que la rctroactiYité est la Yiolation de nos lois et des principes de notre droit. C'est ce que mettent en pleine lumiére les avis fortement motiYcs du sénateur de Foresta, de Bonacci, Muratori et Giannini, lmpallomcni, et les autorités de Kleinschrod, Zacharie, Berner, Odilon Barrot, Glaser. Injuste quand il s'agit de tribunaux ordinaires, la rétroactiYité dcYicnt monstrueuse dés qu'il est question de tribunaux d'exception : telle est la conclusion unanime. Rien de plus humiliant pour la nouYelle Italie que cc qu'ont pu faire ses gouvernants à cc sujet. Les pauvres martyrs qui donnércnt leur Yic pour b Yoir libre de l'étranger auraient honte d'être Italiens et ne renouYellcraient pas les sacrifices faits, s'ils apprenaient que cette pr6tendue Italie libre, pour tout cc qui regarde les dispositions et les formes des jugements, reste tant au-dessous de !'abhorré et despotique empire d'Autriche. Celui-ci du moins, dans la répression des mouycmcnts nationaux et a prétentions libérales, dans les provinces du Lombard Vénitien n'appliquait pas les lois d'exception aux faits

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