LA RE\'UE SOCIALISTE ques-uns d'entre Yous ii-ont, malgré leurs diplàmes, grossir les rangs de ce prolétariat intellectuel qui apprend a ses dépens que les meilleures places ne sont pas dans le monde, co:nmc sur les bancs du collégc, données aux plus méritants. Mais enfin Yous êtes, en majorité, a peu près sûrs de ne jamais connaitre les affres poignantes d'un lendemain sans pain et sans feu. De plus, Yous n'aurez pas seulement l'influence que Yous devrez a votre mérite propre; les situations que YOUSoccuperez seront comme des coefficients qui doubleront, tripleront votre Yalcur. Autant de raisons qui rnus obligent a rendre a la société cc qu'elle a fait et fera pour vous. Ces écoles que la nation entretient, cc capital <lescience que les morts ont légué aux ,,iYants et dont Yous ètcs les usufruitiers, ces loisirs féconds que vous crée le travail des proletaires, tout cela prêche la solidarité a quiconque n'a pas l'àme basse et ingrate; tout cela vous constitue une dette d'honneur envers la collectivité et surtout envers ceux qui n'ont pas pu profiter des mêmes aYantagcs. Mais que j'en ai vu de bonnes intentions paralysees par de fausses délicatesses! Cc ne sont pas des anges que les déshérites. Ils sont souvent rudes d'aspect et de langage. J'en conviens. Et après ? - Arrière ces dédains inintelligents pour les mains noires et calleuses! Arrière ces dcgoûts injustes que peuvent inspirer des cerveaux frustes et des façons gauches! Pour dissiper les ridicules fumées d'orgueil qui pourraient vous monter a la tête, il suffit de cette pensée que Yous seriez tout pareils a ces braves gens, que les sots méprisent, si vous aviez cté, comme les ouvriers, les paysans, les boutiquiers, forcés de gagner votre pain quotidien, au lieu d'avoir, grâce a leur labeur, la liberté de polir votre esprit et vos manières. Ecartez donc résolûment les propos blessants qui sont d'usage courant dans les salons, quand on y parle par hasard de ces modestes et vaillants travailleurs. Ne les accusez pas, quand ils réclament plus de bien-être, d'ayoir des appétits brutaux, des mots et des gestes Yiolents. Ne leur jetez pas à la face, comme on le fait dans des journaux bien écrits, le reproche d'envie et de matérialisme. Car, en Yéritc, quand j'entends des hommes appartenant aux classes qui ont cté longtemps dirigeantes faire un crime à ceux qu'elles ont maintenus dans la dépendance et l'abaissement de leur grossièreté et de leurs ,,isces terre a terre, je songe toujours, malgré moi, aux parents qui se plaig11ent d'avoir des enfants mal éleYés. Lorsque vous aurez banni ces préYcntions contre cc qu'un petit grand homme de la bourgeoisie a baptisé « la vile multitude », renoncez encore aux façons protectrices, qui sont une autre forme de la yanitc. Il ne s'agit plus de faire à quelques gueux serviles une charité
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