La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA RE\'UE SOCIALISTE borateur établit que la moralité est à la societé ce qu'est à l'individu la mentalité. L'une comme l'autre, elles sont des manifestations de la solidaritc, inconscientes d'abord, puis, peu à peu, dans la suite de l'évolution, prenant conscience de leur propre existence. C'est l'éclosion de cc sens social qu'annoncent les aspirations des hommes de cc temps Yers un idéal de justice, c'est-à-dire de moralité. << Ne nous y méprenons pas, cc n'est pas seulement de la faim, cc n'est pas d'une simple question de Yentre qu'il s'agit, comme on l'a dit et comme on a voulu avoir l'air de le croire; non, le torrent irrésistible qui nous entraine ... c'est le socialisme, c'est-à-dire l'humanité qui s'éYeille à la conscience de sa « destinée i>, c'est le cri de détresse de la solidaritc sociale, méconnue par notre civilisation atrocement individualiste, sous ses prétentions hypocrites et mensongères à la fraternité, c'est la réaction équilibrante des forces sociales déséquilibrées, c'est l'ètre social qui sent son rè>ledans le rouage social et qui veut sa part des a\'antages et des biens qu'il produit. i> Cette conception expérimentale de la morale n'est d'ailleurs que le déYcloppement logique d'idées déjà exprimces par M. Pioger ici même et dans ses beaux livres: Le Mo11depbysique, la Vie et la Peusée. Annt de prendre une semblable précision scientifique, l'idéal socialiste eut une expression non moins enthousiaste et généreuse, mais poétique celle-là, et, parfois même mctaphysique. Le rêveur souvent précède le sa,·ant, le sentiment deYance l'argument. Les utopies de 1848 n'ont pas étc seulement d'admirables imaginations. Elles furent la forme généreuse que prit une philosophie, presque une religion : celle de la Justice, que Iégucrent à leurs fils les hommes de la Révolution. Certains esprits furent plus touchés par le coté mystique de ces tendances. Religieux d'instinct, ils n'abandonnèrent le dogme réYéh': que pour se créer une foi nouvelle scion leur raison et leur cœur. C'est au plus illustre peut-être de ceux-la, a celui qui s'est éteint en février dernier, âgé de plus <le quatre-vingts ans, Cbarles Fnuvely, que M. S. Pichon consacre, dans la NouvELLE REVUE, un article·dont l'émotion fait la grande éloquence. C'est à la fois une biographie du philosophe, une bibliographie de ses œuvres et un résume de sa foi. Les œuvres, ce sont sutout des articles dans les rernes : la Vérité sur toutes cboses, la Revue pbilosophiq11e et religieuse, d'autres encore que Fauvety lui-même créa. La dernière de ces publications, sous le titre de la Religion U11iverselle, continue, dirigce par M. Lessard, l'œune de celui qui la fonda: la propagation d'une doctrine à la fois « morale, sociale et religieuse >). Cette doctrine n'a d'ailleurs rien de très nou,·eau : elle n'est qu'une forme du panthéisme. Pour clic, l'univers est un tout, un être

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