La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

REVUEDES REVUES 247 vivant. Rien n'existe que lui, rien n'est que par lui. « Il n'y a pas de vie pour l'individu en dehors de là vie collective de l'humanité et de la vie universelle ... Tous les hommes doivent être admis également a s'assimiler !'tune divine, de façon que chacun d'eux puisse s'élever progressivement vers la lumière et se perfectionner dans l'intégrité de son être, au point de vue physique et affectif, intellectuel et moral : c'est ce qu'on appelle le socialisme. Il faut renoncer a la pensée égoïste du salut individuel, être bien convaincu que nous ne pouvons nous sauver les uns sans les autres, et, nous regardant tous comme les membres du même corps, que chacun de nous en travaillant à son propre agrandissement, à son amélioration personnelle, s'applique à faire participer les autres à tout ce qu'il aura acquis lui-même de moralité, de sensibilité, de connaissance et de bien-être. >> C'est là une formule d'un tour un peu religieux qui dcroute d'abord; mais, la conclusion n'en est-elle pas la même que celle de l'étude précise du Dr Pioger : un acte de foi en la solidarité ? L'amour de tous grandit l'énergie de chacun, voilà une affirmation qui semblerait plaisante à M. Henri Mazel, s'il voulait bien s'en préoccuper. Dans le dernier numéro de !'ERMITAGEi,l a cru caractériser, à propos des Cbau/s de lapluie el du soleil, livre de M. Hugues Rebell, empreint d'un certain panthéisme de dilettante, la « sorte reconnaissable dont la doctrine de la substance unique façonne habituellement les âmes >l. « Si ce que nous croyons être notre personnalité, dit-il, n'est ·qu'illusion, ou tout au moins que lueur condamnée à se fondre bientôt dans le brasier universel, à quoi bon agir, vouloir, penser, à quoi bon vivre? Se tuer, pas même, car le suicide implique un désir positif, et l'absence du désir est le but suprême, mais attendre la mort sans recul, sans regret, sans passion, et pendant cette attente, anéantir en soi toute pensée, toute volition, toute sensation ... Cet idéal, l'Orient tout entier, parce qu'il est panthéiste, le réalise. >> Le bouddhisme place, en effet, dans l'anéantissement, le néant, le bonheur suprême. Ce n'est pas parce qu'il est panthéiste, mais parce qu'il l'est d'une certaine façon. Il conçoit !'Universel comme une masse imrriuable ou viennent se fondre tous les êtres. II ne voit point le tout vivant de la vie de chacun, s'élargissant du progrès du moindre de ses atomes. Il connaît l'amour extatique, qui rêve de voluptés et de mort. Il ignore l'amour agissant, l'amour généreux, vivant, celui qui pense et qui travaille au bonheur de tous, l'amour qui développe, exhalte à la fois le moi et la collectivité. Pour M. Mazel aussi, la toute-puissance de la solidarjté est chose inconnue ou dédaignée, rien n'existe a ses yeux que l'aristocratie intellectuelle, la foule est troupeau vil et méprisable. Dans

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