La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA RE\"UE SOCIALISTE France quelques partisans du monopole à le désirer ardemment, la diminution de l'alcoolisme, dont les progrcs exerçaient en Suisse ks mêmes rayages matériels et moraux qu'ils exercent en France. Ils soutenaient, comme nous le soutenons également, que le régime du monopole et l'augmentation des prix ne tarderaient pas à substituer graduellement la consommation de boissons hygiéniques, telles que la biére et le. vin, à l'injection du poison alcoolique, en même temps que les finances publiques se trouyeraient allégées par les bcnéficcs réalisés sur la fabrication. Eh bien ! l'expérience est faite. Il rcsulte de cette expérience que la fabrication de l'alcool par l'État a pu s'établir sans difficulté; que l'État a pu, sans obcrer ses finances ni porter atteinte à la liberté indiYiduellc, en réprimant sén'.:remcnt la fraude, procéder réguliércmcnt ;\ tous les actes de Yente et d'achat nécessités par k monopole. Ainsi, en 1892, il a acheté pour 4,340,000 francs de lroix-six extrafins, sans que cette opération soulcdt le plus léger inconYl'.:nicnt. Bref, à cette heure, ou a constate, depuis 1886, une diminution de· 25 à 30 °/ 0 dans la consommation de l'alcool. Et cc ne sont pas Li des chiffres fortuits, pris au hasard. La décroissance de la consommation est constante depuis la mise en Yigueur de la loi; tandis que, au contraire, de 1878 à 1885, cette consommation allait en augmentant sans cesse - jusqu'au jour où, le monopole établi, la progression des chiffres a été rc1werséc. Que répondront à cette démonstration Yictoricuse les partisans du laissez-faire bourgeois, qui se refusent à toute mesure restrictive de nature à pré\'enir la dépression morale et intcllcctuelle engendrée dans les masses par l'empoisonnement alcoolique? Je ne sais pas encore, lorsque la question Yicndra en discussion, cc que diront les représentants de l'orthodoxie économique contre le monopole de l'alcool; mais je sais, en rC\"anche, cc qu'ils penseront et ne diront pas. Ils penseront, mais ils ne k diront pas : que le monopole de l'alcool les menace dans leur profit; que si l'accroissement redoutable de la consommation de cc produit, qu'ils fabriquent, menace les forces Yi\'CS des gcnérations, épuislcs par la propagation de cc poison, la diminution de la consommation équiYaudrait pour eux ;\ un fléau autrement r,lYagcur pour leur caisse que les accès de delirium /remws proYoqués chez les malheureux adonnés à la consommation de l'alcool. Peut-être même, i11-pello, sans trop se l'ayoucr à eux-mêmes, car les consciences les plus robustes ont de ces pudeurs, peut- être donc, tout bas, une Yoix leur rnurmurera-t-cllc que mieux Yaut aYoir en face de soi une classe de prolétaires rongée par l'alcoolisme? ... Et c'est pourquoi - mais sans le di,·c - ils ne voteront pas le régime du monopole de l'alcool. Gt:STA\"E Rot:AXET.

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