La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE temporisa, bref la gre\"c de Chicago fut écrasée, malgré les efforts désespérés de l'U11io11, parce qu'elle ne fut pas soutenue par les deux grandes associations que nous YCnons de nommer. On se demandera toutefois comment une grèYc, déclarée dans des conditions aussi fàchcuscs, a pu menacer tout le continent américain et porter au cœur du pouvoir fédéral lui-même un effroi tel que le président en personne est sorti de sa réscrYC habituelle, ce qu'il n'aYait pas fait en 1892, pour la grhe de Buffalo. C'est qu'à Chicago la greYC des ouYriers de chemin de fer a trouvé un auxiliaire puissant dans un élément qui vient de faire son apparition pour la prcmierc fois sur la sccnc prolétarienne des ÉtatsUnis : je veux parler des Coxeyistcs. On se rappelle encore l'émoi cause en Europe, à la nom·clle qu'une armce de gueux et de vagabonds, rcscrYC formidable des sans-traYail, marchait sur \Vashington, par bandes de dix à vingt mille, sous la conduite de Coxey, pour y célébrer à leur façon la journcc du 1er mai. Cette anncc de miséreux fut dispersée; mais elle s'est reformée, ou plutôt elle existe à l'état permanent, dans tous les grands centres industriels, où clic n'anit pas encore fait parler d'elle. Jusqu'à ces derniers temps, cc ramassis d'hommes <les professions les plus diverses, sans liens entre eux, dans la patrie par excellence du self-hep, où il faut appartenir à une corporation pour être quelqu'un, s'était tenu à l'écart des manifestations corporatives. Cette fois, ils ont donné, anc un ensemble et une dccision qui ont fait trembler le pouYoir central. Au reste, en même temps que cet clcment nouveau venait donner a la grcvc une force que l'U11io11 n'aurait pu avoir par elle-même, la dcfection des milices laissait les grb·istes maitres de yastes rcgions, oü un instant leur autorité fut reconnue. Il a fallu mobiliser l'armée fcdérale pour réduire les ounicrs, et même il semble, d'après le récit de M. Fournier de Flaix, qu'on a pu craindre un instant que les milices ne fissent cause commune aYCCles grévistes contre les soldats de l'armcc régulil'.:rc. Cc n'est pas en Yain, d'ailleurs, qu'un peuple dispose du suffrage uni,·ersel. Quelque ébrêchée que soit cette arme, surtout aux États-Unis, où l'on sait comment fonctionnent les scrutins, clic peut, néanmoins, n'être pas sans efficacité, et, lors de la dernicrc grcve, l'action des pom·oirs élus a été trcs partagce. Les pouvoirs locaux se M.::larcrcnt en faveur <le<Yrcvistcs. M. Altzed, <YOuvcrncur b b de l'Illinois (Chicago), M. Waitcs, du Colorado, M. Stone, du Missouri, contestèrent la légalité des mesures prises par le président Cleveland et lui <lcnicrent le droit d'intcrYcnir. Le président dût en appeler a la Cour suprême, qui lui donna raison. Mais il suffit d'indiquer ces menus incidents pour faire comprendre combien la gréYc, malgré ses violences, ctait d'accord aycc l'opinion publique. Ce sont

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