LA RE\.UE SOCIALISTE l'office du traYail était compris, tout naturellement, dans le plan de Ministcrc du Travail, exposé au Luxembourg par Louis Blanc, Vidal et Pecqucur. Le fonctionnement de ce ministcre, appelc.':aussi quelquefois « Ministére du Progrcs )) par Louis Blanc, reposait sur une vaste enquête statistique permanente à exc.':cuterdans toutes les branches de la production et de la consommation nationales. Pas de réglementation possible de la production, sans une connaissance exacte et détaillée des conditions de la production et de la consommation. Apres les journées de juin et le coup d'État de 1851, l'idée d'un .ministère du traYail, d'abord proscrite comme criminelle et anarchique, fut dc.':clarécimpraticable, taxcc d'utopie, de folie chimcrique, et elle dût passer !'Océan pour trom·er un terrain favorable de réalisation partielle. En 1868, en effet, l'.Ét:.itde Massachussets créa le premier Bureau of labor. Son exemple ne tarda pas à être suivi. Ces bureaux se multiplièrent dans les États; leur fonctionnement se centralisa ensuite à \Vashington, ou il prit, en 1885, le titre même adopté par les socialistes de 1848 : Deparlmwt of Labor, « Ministèrc du TraYaiI >>. Bien entendu, l'action de cc ministère est loin d'être cc que Youlaient qu'elle fût les socialistes de la dcuxicme Rc.':publiquc. Le Ministère du Travail de Washington n'a qu'une mission d'investigation et de constatation; il n'est pas l'agent actif de la transformation sociale radicale quc Louis Blanc lui réscrYait. Quoi qu'il en soit, l'idée d'une statistique sociale de la production et de la consommation, aprcs les premiers essais tentés en Amérique, rcfranchit l'Océan; elle trouYa asile en Angleterre, passa de là en Suisse et, grâce à l'initiative d'un député socialiste, M. Raspail, clic nous reYint en France, à son point de départ, cléfigurc.':c,rapetissée, reconnaissable cependant pour ceux qui avaient suiYi les phases de son éYolution :\. traYcrs les pc.':ripéticséconomiques et sociales de ce siècle. Quelle part ont eue les statisticiens français clans cette réalisation? Aucune. Il sont donc peu autorises à critiquer l'absence de l'office du traYail en Allemagne. D'ailleurs, il fonctionne en France clans des limites si restreintes que l'Allemagne n'a pas à c1wier à la France cette paunc commission de statistique. Je me propose, dans cette revue, de comparer un jour les publications du bureau de \,Vashington aYec celles du bureau de Paris. En attendant, j'emprunte au Jaumal des Eco11omisles un résumé statistique sur les bilans des diverses banques existantes aux .États-Unis, à la fin de 1893. Cc travail, dû à la plume de M. G. François, donnera au lecteur français une idc.':cde la prc'.:cision:\.laquelle la statistique est parvenue sur l'autre rive de l'Atlantique, en même temps qu'il montrera la prépondc'.:rancc croissante et formidable du rôle joué par la Banque,
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