La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

REVUE DES REVUES 2 37 monde peut puiser, soit un mal et que la statistique française ait le droit de s'enorgueillir de posséder des matériaux plus suggestifs et mieux choisis? Nous ne le pensons pas. Sans doute, ces documents, en raison de leur abondance, peuvent prêter à la confusion, parfois; présenter quelques difficultés au chercheur qui veut les coordonner. Mais qui ne voit que leur diversité même permet de les controler les uns par les autres, et d'aboutir à des résultats plus certains qu'avec tel tableau · statistique unique, dont on ne connait pas les éléments qui ont servi à le dresser, et dont on ne peut corriger les erreurs, parce que toute base de comparaison et de critique fait défaut? On ne saurait rapprocher de cette masse de trésors statistiques si variés, d'origines si diverses, les maigres chiffres, souvent tout nus, épars dans les recueils officiels de nos divers ministères et où l'on trouve toujours le contraire de cc qu'on y cherche. Hélas! il faut bien le constater une fois de plus: la statistique française, dont Moreau de Jonnes et Quételet posércnt les n:gles, a dù, comme tant d'inventions ingénieuses et de ,·ues fécondes, passer la frontière, le détroit ou !'Océan, pour recevoir la. consécration d'utilité qui lui fut déniée ici et conquerir à l'ctrangcr ses lettres de naturalisation en France. Nos statisticiens officiels sont, d'ailleurs, des fonctionnaires appointes qui songent surtout à tirer de multiples et fructueuses moutures des sacs de renseignements, <lechiffres et de faits que les agents de l'administration leur remettent. Encore, le plus souvent, ne rcservent-ils au public qu'un peu de son additionné de farine de qualité inférieure, gardant pour eux et leur coterie le produit le plus pur du triturage des chiffres qu'on leur a donné à faire. Dans ces conditions, peut-être devraient-ils conserver une modestie qui siérait bien :i leur pauncté tout officielle ?... Quoi qu'il en soit, il est facile de juger, par l'énumération à laquelle nous nous sommes linés, en suivant M. Liégcard, combien infiniment plus nombreux qu'en France sont, en Allemagne, les . renseignements de toute nature accumulés sur l'état des classes ouvrières. Mais l'Allemagne n'a pas d'office de travail! nous dit le même auteur. Hélas! nous n'avons pas lieu d'être bien fiers du nôtre institué en France, après que les États-Unis, l'Angleterre et la Suisse nous eurent, pour ainsi parler, fait honte de notre indifférence en matière de statistique ouvrière. L'idée des bureaux de travail est cependant d'origine française, tout comme la statistique, malgré la timidité de ses bégaiements enfantins. L'application de la statistique à la solution du problème social a pris naissance dans ce pays. Les offices aujourd'hui existants ne réalisent même que très imparfaitement la partie purement statistique de leur projet d'organisation première, formulé par le socialisme en 1848. Car

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