La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LE MOUVEMENT LITTÉRAIRE 23r ne tient point à la monotonie énorme de la forme ! Le défaut gît aux entrailles même de l'œuYre, indiffcrente au lecteur, parce qu'elle le fut à l'auteur. Oh ! je ne veux pas dire qu'au fur et à mesure de la conception, de l'exécution, l'écrinin ne se soit cchauffé à son sujet. Mais c'est le sujet qui, de prime abord, a été indifférent en soi à l'écriYain. Il a traité celui-ci, qui était dans l'air, comme demain il fera l'anarchie, ou n'importe quoi d'actualite, sans que rien l'ait pousse âu labeur que l'habitude ou le besoin du labeur. .. Mais de cc labeur trop Youlu la joie de créer est absente, l'on dirait, et la Yolonte du travail quand même reste seule ... Un jour, le brave curé Pcyramale, qui anit des doutes sur les visions de Bernadette, lui ordonne de demander à la dame des apparitions un miracle qui cnleYcrait toute hésitation, comme de faire fleurir d'un coup l'églantier au-dessus de la grotte ... C'est en nin que la Yisionnairc supplie la Yicrgc, l'églantier reste mort jusqu'au printemps ... Le génie et le talent sont pareils a cc rosier; ils ne fleurissent qu'a leur heure, avec .Ja fermentation des pluies, des soleils, des saisons ... De son genic, de son talent, Émile Zola a fait des plantes de serre dont il cueille à dates fixes, quelles qu'elles soient, les floraisons hâtiYcs, fleurs sans parfums ! De tout ce livre de documents rapides, de paysages express, qui sent le dcYoir, le théme, la composition, la rhétorique, - l'amour et l'crnotion sont exclus. Nombre de peintres, des photographies qu'ils prirent, composent dans leur atelier, ensuite, des paysages fort exacts : ce n'est le plus souYent pas de la peinture. M. Zola fait de même, ses paysages sont bien de la littérature, mais ce n'est que cela, à peu près ce que sont les panoramas populaires comparés aux toiles des maîtres: je ne <liscela que pour certaines descriptions de Lourdes; car, en d'autres livres, M. Zola fut tout a fait personnel, au contraire; mais ici, c'est comme une commande,. un concours, la composition, oui ! Nulle part, le frisson intérieur, la sensation éprom·ée, l'art issu du sentiment intime, mais un reportage gigantesque et froid plutôt. Et Yoici que si j'avais à relire quelque chose sur Lourdes, c'est tous les autres, aYant Zola, que je relirais: Lasserre, dont l'œune, malgré son odeur de sacristie, est pleine de grâce et fort habile; Émile PoùYillon, dont la pastoure se découpe si delicatcment dans le village pyréneen; Boyer d'Agen, dont la Terre de Lourdes n'est pas un livre sur Lourdes, mais une idylle dans les neiges, une pastorale fort contestable, mais dans un cadre vécu, aYec, très impressionnistement rendue, la Yie de la montagne, depuis les Yillages d'en bas, les villages blancs et verts avec leur visage d'éternelle jeunesse, et les hameaux tout la haut, et enfouie sous les glaces, huit mois l'an, son cglise moisie, les géants du Vignemale et du Marboré ... Si Émile Zola a exposé au cours de son ounagc les argl.)ments

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