La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

232 LA RE\"l:E SOCIALISTE pour ou contre la foi, et finalement conclu en fayeur de la science, nous avons la contre-partie dans le fougueux roman de Léon-A. Daudet, les 1\tforticoles. Lfon Daudet, qui a traversé les hôpitaux, reproche fort aux docteurs leurs opérations sur des mourants qu'ils sayent qu'ils ne sauYeront pas, pour l'amour de l'art; de ces tentatives désespérées, nous lisions tout à l'heure des exemples aussi cruels chez les pères de Lourdes, plongeant dans la piscine glacée des malades qui en meurent, y plongeant même <les cadanes; c'est la souffrance implorant le miracle que nous montre Lourdes; dans les Morticoles, c'est la douleur qui se fic aux médecins et aux chirurgiens. Pour si atroces que Lcon Daudet les ait peints, ils ne me semblent pas si horribles encore, dans leur orgueil de praticiens, que le clergé dans le trafic de ses indulgences; sans doute, il y a de mauYais médecins ; il y a aussi de mauvais prètres; la cupidité et la férocité de quelques spécialistes ne prom·ent rien contre la science; j'entends bien que les remèdes ne soulagent pas toujours; tout de même, il y a des cures moins douteuses et plus fréquentes à Vichy qu'à Lourdes; l'exagération est par trop forte chez l'auteur des 1\1orlicoles, dont les personnages n'ont de talent que s'ils croient en Dieu et aux bonnes sœurs; les infirmières laïques sont uniformément des salopes, et tout sayant libre-penseur un âne ! L'accusation de cupiditc, qu'a"vec raison Léon Daudet élève contre les opérateurs mondains, les tenanciers <le grottes miraculeuses ne l'encourent-ils pas? J'ai lu cet hiYer l'avis : Veillez sur vosporle-1110J1J1nie, inscrit aux parois de Massabielle; le conseil ctait contre les pickpockets; mais cela faisait songer que cet argent irait aux prometteurs de prodiges aussi, sous prétexte d'entretenir les cierges qui hrùlent, Yastes comme des troncs d'arbres, sous les stalactites de béquilles pendantes de la- voCne. Si les docteurs des Morlicolcs se font payer, les organisateurs de Lourdes ne manquent pas de frapper à la bourse des fidelcs, et la mendicité noire ne chôme pas autour des chapelles en vogue. Ces réticences formulées sur la thèse Yiolente des 1\lorticoles, il faut reconnaitre au fécond dcbutant d'il y a deux ans à peine, qui a déjà, liHes sur livres, accumulé, Germeel Poussière,Hœrès, !'Astre Noir, de grandes et fortes qualités. - Le récit des M.orticolcs est d'une impctuosité saccadée, d'une verve infatigable, et l'on pourrait noter nombre d'l'.:pisodcs d'une intensitc considcrable. Malheureusement, au moment ou l'impression est la plus aigue et la plus poignante, l'effet se diminue, contrarié par le mélange de la fantaisie et de la rcalité. L'auteur a imaginé, au lieu d'aborder son sujet directement, de le faire raconter à la Swift, par un personnage dcbarqué au hasard d'une tempête. Et comme, cc monde fantastique pour le naufrage est notre monde terre-à-terre de tous les jours, l'ironie n'aboutit point toujours, et il

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