230 LA REVUE SOCIALISTE miracle; et à la croyante il ne saurait offrir jamais un cœur renégat. Il boutonnera sa soutane sur sa poitrine ravagée de doutes, tandis que .Marie, guérie, fera yœu de virginité, sacrifiera sa jeunesse à sa sainte patronne ... Tel est le duo <l'amour chaste de l'auteur de Na,ia. Là n'est pas le gros attrait du livre, <l'une fiction bien frêle, bien pâle; encore une fois, c'est la foule qui dcYient le personnage principal, une foule effroyable, de milliers <le douleurs qui se précipitent Ycrs la fontaine miraculeuse; et M. Zola ne manque pas de brosser ces énormes fresques avec sa puissance habituelle; l'interminable train, dont chaque tour <le roue arrache des cris de souffrance à cette multitude égrenant son ardente priere durant vingt-quatre heures, et bénissant chacun de ces tours de roue qui la rapproche de la piscine mcn·eillcusc, les processions aux cierges par les lacets de la montagne, les cérémonies nocturnes dans la Basilique sombre ou devant la grotte flamboyante toute la nuit, cc sont <les morceaux ou n'a pas faibli l'txécution de l'écriYain. Le roman n'est pas tant, donc, dans la passion contrariée des Jeux jeunes gens que dans le conflit entre ta raison et la foi, entre le miracle et la science, l'exposé du pour et du contre : par là, l'œuue nouvelle de M. Zola remue le débat du surnaturel ou de l'inconnu, encore qu'apparaisse au long de ces pages la volontédeménagcr lcscroyances du pclcrin, tout de même M. Zola n'a pu éviter de conclure, ça et là, en faycur de la science. Il l'a fait pleinement, sans mille des réticences que l'on pouvait redouter de lui, aprés t:rnt de reculs! Fort heureusement, cc qu'il anit promis <le faire, cc que Youlaicnt faire nos néo-chrétiens, il ne l'a point tenu : il est dtmeuré témoin clairvoyant, enquêteur .exact sous le débordement lyrique de son tempérament, critique plus subtil qu'on ne soupçonne. li a pris parti pour la pensée Yaillante, conquérante, résignée aussi et qui sait sa faiblesse, contre l'affaissement et la simplcsse d'esprit prànés. Qu'il n'y ait pas de surnaturel, qu'il n'y ait que de l'inexpliqué, peu importe, au carrefour ou s'entreheurte notre temps, hésitant entre la croyance et le savoir, comment résoudre le problëmc, s'il faut arracher la superstition à la souffrance humaine, <lont elle reste l'espoir, ou proclamer la vérite brutale et désolante, courageusement, il a préféré la Yérité. C'est l'autre parti qu'adoptent les directeurs de conscience actuels - comme si l'hésitation pouvait exister pour choisir entre la science, sans duperie, qui avoue les limites de la connaissance, et la foi, l'illusion mensongerc, d'où il faut redouter, à chaque instant, la chute irréparable. Maintenant, d'où Yicnt que cc line soit si morne à parcourir, et que, lorsque l'on juge que le chapitre est bien et même tres bien, on en abandonnerait tout de même pour un rien la suite ? Est-cc fatigue <lu sempiternel procédé qui est la marque de l'auteur! Mais non. Cela
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