LE MOUVEMENT LITTÉRAIRE 229 y a des néo-chrétiens, à ce qu'ils disent, en cc moment : Cela a bien pris, mais cela durera-t-il, comme se demande un YOituricr de Lourdes, supputant le gain annuel des pélerinages. Cela a bien pris, en effet. Il n'est guère de jeune poète qui, en alexandrins ou en vers libres, à la suite de Sagesse, de Verlaine, n'ait brûlé à la Vierge Marie quelques grains d'encens. Au théâtre, dans les cabarets d'ombres, au cirque, à la foire, les Passions se sont succédces en vers, en prose, en simples tablea~1x vivants. Le Bock idéal s'est fondé. MM. de Vogüé et Desjardins ont catéchisé le quartier latin. M. Teodor de vVyzc·wa, abandonnant, sur de stupéfiantes conclusions, une curieuse enquête des tendances socialistes, se recueillait, et renonçait au progrès, lui aussi, dans le Pèleri11d'Em111r11ïs, avec les discrètes et flûtées approbations d' Anarole France et de Jules Lemaître! Et, plus proches de Médan, J.-K. Huymans et Léon Hennique, reniant le naturalisme, se ruaient aux messes noires, ou communiquaient avec les esprits! Émile Zola commença à s'inquiéter. .. N'avait-il pas été, lui aussi, dans le courant, avec le Rève... L'idéal, le mysticisme, mais il ten::iit cela aussi ... On allait voir ... La révélation ne fut pas longue à se produire: Le temps de bâcler la science et les Ro11gon-Maq11art \'ec le DocteurPascal, et le monde de la chrétienté fut aYisé que l'auteur de l'Assom111oir s'attelait à la besogne: Ce que cherchent les jeunes, symbolistes, instrumentistes, etc., je le ferai, moi, dit le Maitre, ou à peu prcs, dans une interview. Et Zola fut à Lourdes. Voici, donc, sous la couverture Charpentier, l'histoire de la petite Bernadette, de la visionnaire de Bartrcs, telle q uc nous l'avait contée M. Henri Lasserre dans les librairies spéciales, fort bien contée d'ailleurs. Hors la réalité affirmée des apparitions à la bergère et des miracles, tout le reste est délicieux; c'est un conte blanc sans la moindre tache, sans rien qui effare la raison. La fillette Soubirous, plus tard sœur Marie Bernard, fournit une des images les plus gracieuses qui soient. Nous la retrom·ons telle dans une sorte de mystère de M. Emile Pouvillon, très frais, très chantant, très parfumé des senteurs du terroir. Mais Bernadette n'est pas le sujet du roman d'Émile Zola. Il s'agit surtout de Lourdes en exploitation, de Lourdes ville d'eaux, de Lourdes pendant la saison. Dans les trains de pélerinagé, qui emportent de toutes provenances des malades vers la grotte de Massabielle, une jeune fille et un jeune prêtre, amis d'enfance; Marie, demeurée des années infirme, à la suite de quelque terreur éprouvée, et à qui peut revenir la santé, par quelque autre secousse nerveuse, de l'avis des médecins névropathes; et un jeune prêtre, à qui la foi échappe, qui n'était entré au séminaire que devant le désastre de ses rêves, Marie perdue pour lui. Mais l'idée du miracle a hanté la jeune fille. Elle guérira. Mais Pierre sait bien qu'il n'y a point eu
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