LA QUESTIO'.\" SOCIALE DE,·A~T LES CORPS Él.t.:S 2 I 9 Au milieu de la lassitude générale et de l'éncrYemcnt d'une majorité muette, harcelée par les dures vérités d'une opposition riche en talents et en ressources, ·s'est poursuivie, dans les séances du 25 juillet, la discussion de l'article 5. Malgré une éloquente intervention de M. Alphonse Humbert, l'amendement qui autorisait la reproduction des débats préliminaires portant sur le point de savoir si le fait incriminé a un caractere anarchiste, cet amendement, si visiblement raisonnable et sensé, a éte repoussé par la Chambre. DiYcrs autres amendements de MM. \'iYiani et Carnaud, Thierry-Cazes, Marcel Habert ont été egalemcnt repoussçs, sans que le gom·crncmcnt daignât s'imposer la peine d'une réfutation en régle. L1en,scmblc de l'article 5 ayant éte adopte dans la séance du soir, la parole a été donnec à Jaurès pour la défense de son fameux amendement ainsi conçu : « Seront considérés « comme ayant provoqué aux actes de propagande anarchiste tous les « hommes publics, ministres, sénateurs, députés, qui auront trafiqué <( de leur mandat, touché des pots-de-vin et participe à des affaires « financicrcs véreuses, soit en figurant dans les conseils <l'administra- « tion de sociétés condamnées en justice, soit en prônant lesdites « affaires par la presse ou par la parole, devant une ou plusieurs pcr- « sonnes ». Il faut lire, dans l'O.fficiel, le texte exact de cc magnifique morceau d'éloquence infidclcmcnt reproduit par la plupart des journaux. Les plus rares qualités de l'orateur et du penseur s'y trouvent réunies: les périodes, d'une souveraine éloquence, coulent avec l'ampleur d'un fleuve aux larges ondes; la pensée, toujours élcYéc, philosophique, se déploie dans un ordre et dans une harmonie supérieure. De temps à autre une image de feu, jetée comme dans un suprême effort à la fin d'un développement, illumine brusquement toute la pcnséce de l'orateur, comme certains éclairs fantastiques des nuits d'orage. Cette belle œuvre, tissée d'art et de probité, honore la tribune française et au suprême degré le grand parti qui vient de déployer dans une lutte acharnée toutes les ressources de son énergie, tous les joyaux de l'éloquence des siens. Jaures développe la thése suiYante : puisque Yous déclarez vouloir, par la shérité croissante de YOtre législation, pénétrer jusqu'à l'origine même de l'anarchie, l'état psychologique qui produit l'anarchie, ne vous arrêtez pas à mi-chemin, creusez dans les consciences jusqu'à ce que vous ayez trouvé la cause première de la pensée criminelle. Quelles sont donc les conditions qui ont donné naissance à cette nouvelle maladie morale ? Ici laissons la parole à l'orateur : Et alors se pose devant vous le grand et terrible problème : quelles sont donc les influences morales et sociales qui, à l'heure prèsente, prédisposent les cœurs et les cerveaux à accueillir si aisément, selon vous, le moindre chuchotement d'anarchie?
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