• 218 LA REVUE SOCIALISTE la relégation collective et qu'ils ne pourront pas être envoyés sous le climat meurtrier de la Guyane. Ces amendements humanitaires sont repoussés. Scmbat demande ensuite, dans un solide et substantiel discours, que la peine du bannissement soit substituée a celle de la relégation. Mais il n'a pas plus de succés. Cependant cc discours a donné lieu a un vif incident: Scmbat a parlé du président de la République, disant qu'il communiquait aux défenseurs de la loi quelque chose de son caractcrc dur et autoritaire. Le président de la Chambre a protesté, voulant interdire qu'on mît en cause la personne du successeur de Carnot. Millerand a répondu vertement, en prouvant que rien dans la Constitution n'interdisait aux députés d'exprimer publiquement leur opinion au sujet du premier fonctionnaire de la République. Viviani demande ensuite que la durée de la peine de la relégation soit limitée a cinq ans. Son amendement est repoussé. Puis vient l'histoire des chants révolutionnaires. M. Maurice Faure demande au rapporteur et au gouvernement de préciser leur pensée a cc sujet. Il parait qu'un chant chanté en public relcvc de là. cour d'assises (juridiction indulgente) et que le même chant chanté a huis-clos, devant un ami ou deux, peut vous faire tomber sous le coup de la nouvelle loi, vous mener en correctionnelle et de la vous envoyer en Guyane. Il faut avouer que c'est assez étrange ! Dans la dcuxicmc séance du 24 juillet, on aborde la discussion de l'article 4, d'aprés lequel les individus condamnés seront soumis a l'emprisonnement individuel (régime cellulaire) sans qu'il puisse en résulter une diminution de peine, Rouanet défend, naturellement sans succès, un amendement tendant a punir les dénonciations calomnieuses. On arrive a l'article 5, qui autorise le tribunal correctionnel a prononcer le huis-clos arbitrairement et a supprimer ainsi la derniérc garantie de l'inculpé: la publicité des débats. M. Dcnéchcau a démontré quelles conséquences en résulteraient et combien la confection matérielle des journaux serait difficile puisque le huis-clos pourrait être prononcé a tout moment de l'audience, alors que les dépêches sont déjà c1woyécs et publiées. En cc qui touche la presse étrangére reproduisant le procès d'un anarchiste étranger, que fcra-t-on? Guérin répond qu'on arrêtera tout simplement les pauYrcs diables et les femmes qui vendent et distribuent ces journaux. M. Lockroy, indigné de ce cynisme presque inconscient, flétrit vigoureusement_ l'attitude du gouvernement. C'est alors qu'est survenu l'incident bien connu. Un obscur député, nommé Dcnoix, insulte la presse : la tribune des journalistes parlementaires proteste. On fait éncucr la tribune sans avertissement préalable. Malgré l'opposition vigoureuse de M. Goblet, le premier paragraphe de l'article 5 est adopté.
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