La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

220 LA RE\'UE SOCIALISTE i\Iessieurs, p.1rmi ces inAuences morales et sociales il en est de deux sortes, de deux catégories bien distinctes; il en est sur lesquelles les hommes disputent, sur lesquelles il y a controverse entre les partis, entre les systèmes, entre les philosophies. Il en est au contr,1ire sur lesquelles tous les hommes sont d'accord et c'est de ce côté là qu'il faudra regarder d'abord. Oui, il y a lutte, il y a divergeancc entre les systèmes politiques, sociaux et religieux sur les causes du mahlise social actuel ; entre tous ces partis, entre tous ces systèmes, je n'essayerai pas, comme l'a fait l'autre jour mon honorable ami ;\[. Pourquery de Boisserin, de m'instituer juge. Entre les p,utis, les idées, les croyances, il n'y a que deux juges: la liberté et l'a\'enir. J'entends dire que c'est la science qui, par son dogme nou\'t~au de la lutte pour la \·ie, par ses formules brutales, par l'affirmation de l'universelle matérialité, a pen·erti le cer\'eau de Lebiez et déséquilibré celui de \'aillant, et j'entends n:pondre que œ n'est pas la science qu'il faut accuser, que c'est au contraire l.1 tradition de passi\'ité, d'igi1orance, qui fait que la brusque in\'asion de vérités nou"elles peut devenir un péril momentané. J'entends aussi, d'un autre côté, accuser le socialisme, qui, en signalant les vices essentiels de la société présente, cn\'cnime, scion nos ennemis, -les haines et les conflits et, de notre grand rê\·e dénaturé ou aigri, fait, consciemment ou non, le ferment des ré\·oltes mau\'aiscs. Et j'entends le socialisme répondre - encore une fois je ne discute pas - gue non seulement dans son intention, mais aussi en fait, il restreint le mom·ement anarchiste; qu'il enseigne aux travailleurs que la faute, 1..: mal n'est pas dans les hommes, mais dans les institutions économiques ; que, par conséquent, cc n'est pas en changeant ou en détestant les hommes qu'on fera œuYrC de justice ou de salubrité, et qu'il faut se guérir à jamais de la haine contre les hommes et de la vanité criminelle des attentats. Je l'entends répondre aussi qu'en organisant l'effort collectif, l'action collective, en recommandant sans cesse au prolétariat la communication de tous les efforts et de toutes les pensées, il soustrait les trav.1illeurs aux périls et aux ddires des suggestions individuelles. Et, dans un ,1utre ordre d'idées, j'entends les chrétiens accuser du mal actuel cc qu'ils appellent l'ath(·ismc officiel et le matérialisme légal, je les entends répéter la grande parole dï Iugo, disant que si les hommes souffrants sont \·isités p,u-fois de sombres pensées, c'est parce que notre siècle a éteint dans leurs ;1111clsa lampe de Jésus. Et j'entends répondre aux incroyants, aux penseurs libres que cc n'est pas cela, mais au contraire que l.i my~ticité chrétienne a éwillé dans les consciences un Sl.!nsi11s,1tiablcet chimérique de l'absolu qui les li\-rc, dans hl vie sociale mémc, aux plus enfantines crédulités et aux plus formidables chimères. C'est ainsi que de système il système, d'affirmations à affirmations, de croy,mccs :1 croy;mces contraires, nous allons et nous irons sans cesse, nous heurt.un, nous contra riant, nous insultant même et nous rejetant les uns sur les autres le fardeau des responsabilités, jusqu'à ce que l'histoire ait décidé entre nous, jusqu '.\ cc qu'elle ait résolu ou même renouvelé les problèmes il force de renoU\·der les générations.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==