LA Qt;ESTION SOCIALE DE\'AXT LES CORPS ÈL"t;S 2I7 conYcrsation priYéc ou dans une lettre, excité i commettre les diYers délits visés par l'article premier sera considéré comme un fait de propagande anarchiste. La condamnation ne pourra être prononcée d'apres l'unique déclaration d'une seule personne, il faudra y joindre un ensemble de charges. On comprend combien ces dispositions prêtent à l'arbitraire. Divers amendements ont été déposés tendant à établir que nul ne • pourra être recherché pour une lettre adressée à un particulier, ou pour un propos tenu dans son domicile (Charpentier). ViYiani, aYcc une éloquence entrainante, a défendu un amendement d'aprés lequel les dépositions des personnes attachccs au sen·icc de l'inculpé et celle des dénonciateurs payés ne pourraient être reçues. Ernest Roche a fait ensuite, a,·ec une Yigucur superbe et une passion indignée, le procés des mouchanls et des agents proYocateurs; il proposait de punir de la relégation les dépositaires de l'autorité conYaincus d'ayoir excité à certains de ces délits au moyen d'agents pro,·ocateurs. Tous ces amendements ont été repoussés; et pendant que l'opposition socialiste atteignait aux suprêmes élans de l'éloquence, le rninistére et le rapporteur répondaient en ânonnant de pénibles arguties. L'article 3 est un des plus terribles de la loi : il punit de la relégation perpétuelle ceux qui, condamnés pour ces délits a un peine supérieure i un an de prison auront encouru précédemment, dans une période de dix ans, une condamnation à plus de trois mois pour les faits du même ordre ou une condamnation de droit commun a plus de trois mois de prison. La lecture du discours de Pcllctan, contre la relégation, fait passer un frisson d'horreur dans la moelle et à travers la conscience de tout honhête homme. Pclletan décrit sous des couleurs éclatantes la cruauté de cette peine éternelle. La relégation, cc n'est pas la Yie libre sous un ciel inclément; cela équivaut aux traYaux forcés à perpétuité . .Chaque année, 14 °/ 0 de l'effectif des relégués succombe; c'est donc la mort en sept ans; ajoutons que c'est la plus lâche des peines de mort, puisqu'on n'a pas le courage de la prononcer. Ce mcrYcilleux discours, vibrant de passion, est resté à peu prés sans réponse. L'orateur l'avait bien prévu lorsqu'il disait amércmcnt: « Je crois qu'on ne me répondra pas, c'est encore ce qu'on pourra me répondre de mieux». Un autre amendement, tendant à rcduirc le nombre des cas dans lesquels la peine accessoire de la relégation pourra être prononcée, a été défendu avec une grande puissance d'argumentation par Viviani. Mais hclas ! tout ce talent est dépensé en pure perte. L'article 3 est voté. Dans la première séance du 24 juillet, Rouanet cherche à améliorer l'article 3 en stipulant que les condamnés ne pourront· pas subir
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