La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE qui en est faite. Par progres_, en c~ct, nous entendons toujou,r~ plu~ ou moins implicitement cc qm constitue un aYantagc, une amehorat1on, un perfectionnement. Il en est de la Yic sociale comme de notre Yie physiologique: la plus grande partie de l'actiYité en est employée au simple entretien de la Yitalité ou à des actes indifférents ou même nuisibles à la prospérité de l'organisme. De même que nous ne deYons pas confondre aYcc la santé et le perfectionnement de l'indiYidu le déYeloppement exagéré de l'appétit ou de l'embonpoint, ainsi nous ne dcYons point nous illusionner sur la prospérité d'une nation simplement c~1présence d'une grande actiYité industrielle ou d'une grande richesse. C'est cc qu'oublient trop les nations modernes. Nous assistons en effet à ce phénomene singulier qu'un plus grand développement des ressources et des utilités coïncide aYec une plus grande somme de priYations et de miscrcs. Nous voyons l'invention de la machine, au lieu de soulager l'homme en se substituant à lui, aboutir à lui imposer l'esclayagc de l'atelier moderne. Les découYertcs de toutes sortes, qui deYraient contribuer au bien-être et au déYcloppemcnt de la Yic de tous, semblent au contraire n'aYoir pour conséquence qu'un accroissement des difficultés de la Yie : renchérissement des objets de consommation de première nécessité, crises ducs à la surproduction aYec les désastres du chômage, avilissement des salaires à l'extrême limite de cc qui est indispensable à l'alimentation du malheureux prolétaire. Pourquoi donc, dans un pays qui pourrait nourrir beaucoup· plus de citoyens, y a-t-il tant de malheureux qui succombent de faim et de misère? Pourquoi donc, avec des Etats à organisation politico-administratiYe si complexe, constatons-nous tant de désordres, tant de pertes de forces et de richesses? Pourquoi donc, depuis un sieclc, rnyons-nous les plus belles doctrines aboutir à des résultats si déplorables, la liberté à _l'anarchie et à la terreur, l'autorité au césarisme et à la tyrannie; la « sou,·craincté du peuple » à l'exploitation d'une nation par une poignée de politiciens? N'est-ce pas parce que l'organisation est politique au lieu d'être sociale, parce qu'elle n'a pour but que le maintien de l'ordre établi des choses et des personnes, au lieu d'ayoir pour mission et pour effet d'adapter sans cesse la correspondance des besoins et des intérêts, d'assurer, en un mot, la Yitalité de l'ensemble en faisant profiter la collectiYité tout entière des progrès et des découvertes au lieu d'en réscr\'cr les bénéfices aux priYilégiés du moment? Le « mal politique» dont nous souffrons, la « question d'argent», qui absorbe toute notre activité, ne sont, au fond, que des résultantes de notre conception erronée de la Yic organique et sociale. Ne Yoyant que cc qui se passe à la surface, nous jugeons et agissons en politique comme nous faisons pour notre vie physiologique: nous YiYons, nous

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