La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA LOI DU PROGRÈS I 3 Le progrès• social n'est pas plus chose continue que le perfectionnement organique: les organismes sociaux ont évolué différemment suivant leurs conditions, comme les organismes YiYants. Chaque conquête sur les ambiances a constitué, pour le corps social qui l'a réalisée, un progrès, une étape de plus dans la voie de la ci,·ilisation, comme chaque adaptation nouvelle d'un être YiYant peut deYenir pour lui une fonction nouvelle. Tout cela est relativement facile à comprendre et :i. admettre aujourd'hui, parce que les recherches et la critique historiques nous ont montré la généalogie des éYénements, l'enchainement des conquêtes de la cÎ\·ilisation, l'enfantement des héros, des i1wenteurs et des génies, qui ne sont plus pour nous que _lesrésultantes de tout ce qui les a précédés, préparés et engendrés. Mais il n'en était pas de même pour les anciens, qui ne Yoyaient que les grandes lignes de demarcation entre les phases de ciYilisation, comme entre les. grands hommes et leurs infimes contemporains. D'ou, à propos des civilisations, comme à propos des êtres vivants, la croyance à autant d'espcces diff<'.:rentes, sans parente généalogique. Voili pourquoi la thcorie du progrès n'a pu ni être faite, ni être comprise avant les éonnaissances modernes en histoire et en sociologie, pas plus que la doctrine du développement du règne organique par l'adaptation aux conditions de vie n'a pu se faire jour ni être acceptée avant les découvertes modernes en histoire naturelle, en paléontologie et en anatomie comparée. Aussi, quelque intéressante que puisse être pour un érudit l'histoire de la doctrine du progrès à travers les écrits de tous les âges, nous ne deYons pas plus demander aux auteurs anciens l'explication de l'évolution sociale humaine que nous ne pouvons le faire pour le développement des êtres vivants. Toute la conception de l'histoire, toutes les notions de politique ont été radicalement faussées par une interprétation erronée de la vie sociale. La critique moderne a refondu l'histoire, comme la physiologie refait notre mentalité. Cc que nous avons dit du développement organique <les sociétés par les appropriations de toutes sortes qui résultent <lel'activité humaine sous toutes ses formes, nous permet <le comprendre facilement le rôk, pous la collectivité, de chaque découverte, <le chaque utilisation réalisée par un ou plusieurs indiYidus. Mais ce qu'il faut bien comprendre, c'est qu'une invention, une utilité ne peut dcYenir un progrès qu'i la condition de passer de l'indiYidu qqi l'a trouYèe à la communauté, par une sorte d'incorporation, qui résulte de sa transmission aux autres membres de la Société sous forme d'instruction ou d'apprentissage pour s'en servir, ou de moyen quelconque (instrument, industrie), d'en profiter. Autrement dit, ce qui constitue un progrès, ce n'est ni une richesse, ni une invention, ni une maxime, mais seulement l'utilisation sociale

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