LA QUESTION SOCIALE DEVA'.\'T LES CORPS ÉLUS 2 I 5 tielle des profondes transformations sociales et que les grands bourgeois révo.lutionnaires auraient bien ri si on leur avait proposé d'indemniser la noblesse et le clergé légalement dépossédés. Cette reprise sur quelques-uns de ce qui est à tous n'aYait jamais encore été exposé avec éclat à la tribune française. Il est bon d'y habituer les esprits, car c'est pour beaucoup la condition nécessaire et préalable de toute transformation socialiste. Dans la séance du 20 juillet, et à propos d'un amendement à l'article premier, notre ami Rouanet a fait un brillant début à la tribune. Il a souleYé les colères des centres quand il a declaré, conformément aux paroles même du général Foy, que « l'obéissance des « troupes ne doit être que conditionnelle lorsque le soldat a le visage <c tourné du côté de ses concitoyens ». C'est dans la même séance que l'article premier a été définitiYement adopté, mais accompagné d'une disposition additionnelle, proposée par M. Bourgeois, qui •spécifie que cet article est applicable quand les infractions visées ont bien pour but un acte de propagande anarchiste. Cette adjonction au texte donnera aux accusés des garanties plus sérieuses et gênera singulièrement, nous l'espérons, les applications arbitraires de la loi que l'on voudrait tenter. L'article premier attribue à la police correctionnelle les dclits d'excitation au meurtre, au pillage, etc., qui relevaient auparavant de la cour d'assises. La discussion de l'article 2 a été également longue et pénible. Il nous est impossible, on le comprendra, d'insister sur les détails et sur les interminables dicusssions d'ordre juridique qui ont été apportées à la tribune ; mais nous devons signaler l'important discours de Millerand, emporté d'un coup d'aile superbe Yers les plus hautes pensées et vibrant de la flétrissure cinglante infligée aux fripons ; voici la conclusion de ce discours : Je m'adresse maintenant à la masse des députés de la majorité et je leur •dis : Réfléchissez-y, messieurs, ce n'est pas seulement pour donner satisfaction à un désir du Gouvernement que vous allez voter cette loi ; le vote de cette loi constitue une revanche, revanche qui est réclamée, qui est attendue par les membres de cette petite coterie peu nombreuse mais influente, active et sans scrupules, qui depuis quinze ans s'est. installée dans la République comme dans sa propriété et dans sa chose. (Applaudissements à l'extrêmegauche et à droite.) Les membres de cette petite coterie, vous les connaissez bien, vous savez ce qu'ils ont fait, vous en avez souffert vous-mêmes ; et à un moment vous avez eu la velléité de mettre un terme à leurs agissements. Vous les connaissez : en relations suivies, en coquetterie réglée avec les gros manieurs d'argent, avec ces banquiers dont les noms sont sur toutes vos lèvres : celuilà, le véritable roi de la République; celui-ci venant au secours des ministres en détresse, la France républicaine n'étant pas assez riche pour payer ses
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