La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

214 LA RE\.l.JE SOCIALISTE d'idéalisme naïf et il dc\·ienJra, a son tour, par Yotre exemple, un partisan résolu de la politique matérialiste « des resulta!s ». Nous n'ayons pas le courage <le présenter a nos lecteurs un résumé détaillé de la longue discussion de la loi scelernle, ni d'insister sur les soixante et quelques amendements qu'une opposition tenace a Yaillammcnt présentes et soutenus; mais l'impression générale qui se dégage lorsqu'on parcourt, <lans l'Officicl, les innombrables colonnes qui reproduisent les débats, c'est la médiocrité lassante des orateurs gouYcrnementaux. Jamais ni M. Dupuy, ni M. Guérin, ni M. Lasserre, n'avaient été aussi Yic.lcs. Il n'y a pas dans une seule· de leurs réponses un trait vivant, un mot juste ou généreux, quelque chose qui sente l'homme d'État ou le penseur. Ces messieurs ne se sont pas gênés avec la Chambre : ils l'ont traitée aYcc un dédain mérite, comme on traite certaines personnes dont les faycurs tarifées ne risquent pas de s'enfuir. Pendant que l'opposition déployait toutes les ressources de talents Yariés, le gouYcrnement restait presque muet. Le jour où il y aura des· Parlements en Turquie, ils fonctionneront probablement avec cette résignation sen·ile, qui dispense le maitre de la fatigue de discuter et de rëfuter. La discussion gcnéralc s'est ouYerte <lans la séance du 17 juillet. MM. Pourquery de Boisserin et Brisson ont attaqué le principe général <le la loi d'exception. M. Brisson s'est montré particuliérement remarquable. On a senti à traYers son discours le souffle <lu Yieil esprit républicain, je ne sais quoi d'éleYé, de digne, de fier. La discussion générale a été close a la scance du 18 juillet, aprés une deuxiéme attaque, singuliérement logique et Yigoureuse, conduite aYec entrain par M. Goblet. Le rapporteur et le garde des sceaux ont répondu par de pictres raisons, qui jugent et les hommes et la cause. Jules Guesde ouYre le feu contre l'article premier. Il demande l'abrogation, comme inutile, de la loi du 12 décembre 1893. Séparant nettement le socialisme <le l'anarchie, il prouYe, par le récit circonstancié <les démêlés et <lespugilats incessants entre socialistes et anarchistes, qu'il existe, depuis fort longtemps, entre eux une lutte déclarée. Cette tranchante démonstration déplaît à certains calomniateurs systématiques, dont la grosse malice consiste a entretenir dans les esprits des confusions perfides. Le « Calomniez, calomniez », de Basile, cffieure rarement l'âme pure des politiciens du centre : M. Deschanel, faisant exception, tente cependant d'assimiler la theorie du vol indiYi<luel, prcconisé par les compagnons, aYec la doctrine historique de l'expropriation sans indemnité des classes priYilégiées. Notre \'aillant ami répond excellemment que l'expropriation a presque toujours été la condition csscn-

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