LA QUESTION SOCIALE DEVA:S:T LES CORPS ÉLUS 2 II Yo1s10s. M. Jules Roche oublie de dire que ces tracasseries, si tracasseries il y a, ne pourront s'exercer que contre une minime partie de la nation, c'est-à-dire contre 5 ou 600 mille personnes sur 38 millions. Le taux de la progressivité de l'impôt n'étant élevé que pour les revenus au-dessus de 10,000 francs, il est fort probable que le contrôle des agents du ministère des finances sera gènant pour les I 50 à 200,000 personnes à peine qui ont un reYenu supérieur à ro,ooo francs • par an. AYouez donc, M. Roche, que ces enquêtes minutieuses et désagréables ne pcseront que sur les riches et laisseront bien tranquille la masse de la nation. Ajoutons que les reYenus honnêtement gagnés ne craignent pas la lumière : Les fripons ont beaucoup à cacher, c'est probablement pour cc motif qu'ils sont hostiles à cette reforme. Mais nous empiétons sur le beau discours de Jaurls, prononcé dans la séance du ro juillet et qui répond Yictoricusemcnt à cette cohue d'objections Yaincs, ameutées contre les diYcrs projets d'impôts sur le reYenu. C'est un dcYoir pour nous que d'en donner un résumé à nos lecteurs : Le programme du Parti ounicr demande l't~tablissemcnt de l'impôt personnel progressif sur les reYcnus supérieurs à 3,000 francs et l'impôt progressif sur les successions supérieures à 50,000 francs. C'est cette doctrine radicale que Jaurès a défendue avec la noble largeur de pensée et la magnificence de forme qui lui sont habituelles. Nous négligerons d'insister sur la jouissance esthétique que produit cette lecture pour nous accrocher au roc solide de l'argumentation. M. Jules Roche a essayé de prouYcr que l'impôt du vingtième, établi en 1710, aYait produit de fort mauYais résultats et amené d'incessantes récriminations de la part des proYinces obérées. D'où cette conclusion : l'ancienne France a déjà fait l'essai, et un essai trés malheureux, de l'impôt sur le revenu. Le fait parait concluant, mais si, à l'exemple de Jaurès, on le replace dans son cadre naturel, dans son milieu historique, la dcmonstration perd sa force. En effet, la taxe du vingtiéme sur tous les reYenus fut établie au moment où la misère générale était telle, et la population des campagnes spoliée à tel point qu'il ne resta[t plus rien à prendre. Les riches propriétaires, la plupart des nobles, les princes du sang, trouYèrent le moyen d'échapper à cet impôt au moyen d'une sorte d'abonnement très modique; le poids tout entier des nouvelles charges fiscales retomba donc sur les pauvres. Conséquence, tout le monde se plaint : les pri- . vilégiés que l'on a inquiétés. les paysans qui sont obérés. Et voilà comment les arguments historiques de M. Roche ne sont, selon l'expression de Jaurès, que des paradoxeshistoriques. Autre objection : la Révolution française etablit le système des quatre contributions et se montre hostile à tout impôt personnel.
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