210 LA REVUE SOCIALISTE inspirer aux routiniers endurcis une certaine hésitation. M. Canignac termine en exhortant la Chambre à réaliser enfin les Yœux et les espérances de la démocratie française, qui attend les réformes et qui ne voit rien venir. M. Jules Roche est l'homme par excellence de l'érudition historique. Si Yous lui parlez de quelque question très contemporaine, il vous répondra en racontant ce qui se passait à l'époque de Périclès. C'est une méthode facile. Il suffit d'aligner des faits pris un peu partout, dans des milieux trés différents, au sein de ciYilisations fort peu semblables a la notre, et on peut ainsi, aYec une parfaite apparence de raisonneur scientifique, d'homme experimental, sensible seulement a la leçon des événements, soutenir ou réfuter toutes les thèses. Les exemples historiques ne prouvent rien, si on ne commence par prouver, au moyen d'une analyse historique, économique et même psychologique que l'exemple choisi appartient a des circonstances quelque peu semblables, au moins de loin, aux circonstances actuelles. C'est se payer d'illusions que de prendre le fait brut,. isolé de son milieu, des phénomènes antécédents ou concomitents : Détacher ainsi le fait de ses racines, c'est le priYer de toute vie réelle et historique, et par suite de toute valeur démonstratiYe. C'est se liner, sous une forme en apparence positiviste, a la plus Yaine des abstractions, a la plus creuse des scolastiques. C'est du reste la méthode que M. Jules Roche emploie avec grand succés a combattre (pour se faire pardonner son passé) tous les projets de réforme qui sont mis en discussion. L'ancien rédacteur de la Justice commence par critiquer les exemples empruntés par M. Cavaignac a l'Europe contemporaine. En Angleterre, l'impôt sur le revenu a été introduit au milieu d'une grave crise financiére; ç'a été un expédient imposé par la nécessité. Il a été critiqué par telle ou telle personne et ... néanmoins, cet impôt misérable, fruit de la détresse, si Yiolemmcnt combattu, dônt les résultats sont si médiocres, qui a tant de défauts capitaux jouit cependant d'une qualité essentielle, c'est qu'il vit, qu'il se maintient; il n'est point question de le supprimer, puisqu'on aggrave son caractére progressif. Les exemples empruntés a notre époque ne trouYent pas grâce deYant M. Jules Roche. Il paraît quc l'Allemagne contcm poraine est plus différente de nous, a tous les points de yuc, que l'époque de Périclcs ou de Denis de Syracuse. C'est, du moins, l'opinion de l'ho11orable membre du centre opportuniste, puisque seules les expériences fort antérieures a notre siéclc ont pour lui quelque valeur. En Allemagne, dit-on, le système est inquisitorial au suprême degré : Le Français, gui aime la liberté et qui jouit d'administrations publiques si ennemies de tout arbitraire, ne supporterait pas cc que supportent nos
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==