208 LA REVUE SOCIALISTE dateur de cette Revue, notre vénérc Malon, et ses collaborateurs pourront se flatter d'avoir fait la bonne action, de dire la Yérité à tous et d'ayoir essayé, par le rappel à la solidarité sociale, de désarmer les sectateurs égoïstes ou féroces de cet indiYidualisme extrême, produit naturel du fumier capitaliste. La politique de reformes et de bicnYeillancc à l'égard des travailleurs, qui, seule, pourrait conjurer l'accroissement du mal moral dont nous souffrons et empêcher cette chute dans le barbare et dans l'absurde, n'est, pour le plus grand malheur du pays et de la ciYilisation, pas celle qui est en honneur, jusqu'à présent, dans les Chambres françaises. La récente discussion du budget va nous montrer l'impuissance réformatrice de notre parlement en cc qui touche les questions d'ordre fiscal. La discussion (séance du 7 juillet 1894) de l'interpellation rclati\'e à la grcvc de Graissessac et à l'inexploitation des richesses houillères et métallurgiques de l'Aveyron et de !'Hérault peut compléter la démonstration, en prounnt que les efforts si touchants des traYaillcurs socialistes, chez lesquels le sentiment de la solidarité morale est poussé presque jusqu'à l'héroïsme (bel exemple à recommander aux individualistes à outrance de l'anarchie et de la bourgeoisie conservatrice), sont restés sans écho dans notre parlement. On les a quelque peu enguirlandés de compliments, parce qu'ils sont bien sages et parce que, sous l'influence néfaste de ces co1t1111is-voyageurs w grèves et de cespêcbeurs w ean lro11ble tels que notre ami Baudin, les méridionaux de Graissessac se montrent plus réscrYés et aussi tenaces que les mineurs du Nord et du Pas-de-Calais, mais quand on a eu constaté leur très suffisant respect de la gendarmerie et de ses jaunes baudriers, on n'a point voulq aller plus loin et intimer au gom·erncmcnt une inYitation à peser sur une compagnie qui, par sa faute, n'exploite pas, et qui, par suite, a mérité la dcchéance. Millerand a traité la question d'une façon nette et catégorique. Le ministre des traYaux publics a plaidé les circonstances atténuantes pour la Compagnie de Graissessac. C'est curieux; dans toutes les discussions de ce genre, on YOit presque toujours les ministres jouer le rôle d'avocats d'office des Compagnies. Les Compagnies ont-elles donc toujours raison? Mais la même discussion a permis à M. Lacombe, député de J'Ayeyron, de citer, au sujet des houillères de l'Aveyron, une série de faits intéressants, qui prom·cnt bien que si le régime capitaliste favorise dans certains cas le développement de la richesse· publique et la multiplication des entreprises, il y a aussi des cas bien différents dans lesquels la production est limitée, les prix maintenus à un taux éleYé, certaines sources de richesse nationale laissées improductiYes, les traYaillcurs abandonn6s sans traYail uniquement, parce que tel est le
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