La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

206 LA REVUE SOCIALISTE froid bien connus de ses représentants ne fasse brcche dans l'indifférence paysanne et ne conq uicrc le dur, mais tenace cerveau de JacquesBonhomme, ces gens-là cherchaient vaguement l'occasion, le prétexte d'une orientation nouvelle. Déjà M. Dupuy avait conquis leurs bonnes grâces, lorsqu'il fit fermer, malltt militari, la Bourse du Travail de Paris. C'était un acte brutal, un peu maladroit cependant à la veille des élections; car cette mesure a certainement plus fait de socialistes,.. parmi les travailleurs de Paris et de la banlieue, que les discours les plus convaincants. L'homme était trouvé, le prétexte se présenta de lui-même. Les hallucinés de l'anarchie préparèrent les criminelles explosions que tout le monde connaît. Le sanglant duel de la guillotine et de la dynamite commença. Cette lutte entre les sinistres fureurs du parti de la destruction sauvage et les égoïsmes apeurés des satisfaits, est une des manifestations Ies plus tristes de l'aveuglement et de la bêtise humaines. Et, cependant, n'y avait-il point à la Chambre et dans le pays, les repn'.:scntants de ce noble parti socialiste, qui apporte, aux uns, dans la sincérité de sa foi démocratique, des paroles de paix, dè patience et d'humanité, et qui adresse aux autres de viriles exhortations à la justice, aux réformes profondes, à la réparation de tant d'iniquités séculaires, aux sacrifices nécessaires en faveur des pauvres et des déshérités. Le mal profond dont nous souffrons est un mal moral : Il y a d'une part dans la haute bourgeoisie, dont les co1woitises ne sont plus inquiétées, comme celles de l'ancienne noblesse,_ par un reste d'effroi religieux, un égoïsme féroce et un matérialisme grossier de pensées et de conduite. Les classes privilégiées des anciennes civilisations vinient aussi du tranil et de la substance populaires; mais elles se sentaient investies d'une haute fonction sociale; elles se reconnaissaient astreintes à certains devoirs généraux : Organes spéciaux, dans le vaste organisme social, les aristocraties étaient pénétrées du sentiment élevé de leur suprême importance, de leur mission à la fois humaine et divine; elles personnifiaient certaines hautes qualités, dont elles devaient, comme une véritable dette d'honneur, le paiement au corps social. Les anciennes thcocratics, la noblesse féodale n'ont pas été, dans leur origine, de simples associations pour jouir. La bourgeoisie contemporaine, née de l'argent, représente la plus basse des tyrannies qui ont successivement pesé sur l'humanité. Impersonnelle et anonyme, insensible comme un sac d'écus, libre de tout devoir, eHc s'attribue un droit absolu sur des richesses qui, sociales dans leur origine, appartiennent :\ la société et sur lesquelles personne ne deuait pouvoir s'arroger le droit d'11seret d'abuser. A défaut de générosité, cette classe n'a pas même l'intelligence de comprendre que l'heure est arrivée des concessions nécessaires.

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